Placé sous le signe de l’absurde et du non-sens, le récit poignant d’Allain Glykos suit l’errance d’un jeune garçon et d’une jeune femme dans une ville ravagée par une guerre dont on ne saura que peu de choses. Quelques indices laissent deviner une époque, un contexte : l’Europe, un conflit de l’Est ? Eden, 11 ans, rendu sourd par le bruit des bombes, incapable de bouger car il a les jambes brisées, reçoit l’aide inespérée d’Irena, une jeune violoniste qui le croise par hasard. À la merci des soldats qui ratissent les rues, ils tentent de fuir. La construction du roman, tout en style indirect libre, imbrique les pensées de chaque personnage à celles du narrateur, et crée une homogénéité douce qui tranche avec les épisodes tragiques de ce drame sensible. « Ceux qui tuent ne peuvent pas comprendre. Ceux qui meurent n’ont pas eu le temps de comprendre. Personne ne comprend ». Eden et d’Irena, eux, luttent contre la perte du monde d’avant en se réfugiant dans leurs souvenirs. Au fil des pages, L’Enfant en ruines interroge sur la part d’irrationnel qui mène aux conflits armés. L’auteur tente de redonner du sens aux béances de l’âme. Irena cherche du réconfort dans l’évocation de La Jeune Fille et la Mort de Schubert. Rimbaud apparaît avec son dormeur du val, cette fois « allongé dans son violoncelle ». De belle manière, Allain Glykos accorde un nouveau souffle au néoréalisme poétique. Et ouvre son œuvre aux questions philosophiques : le futur est-il encore possible pour une nation détruite et ses victimes anéanties par ce qu’elles ont vu et vécu ? Comment oublier sans s’oublier ? Se reconstruire, est-ce trahir les disparus ? Questions lancinantes…
Franck Mannoni
L’Enfant en ruines, d’Allain Glykos
Signes et balises, 140 pages, 16 €
Domaine français L' Enfant en ruines
juin 2026 | Le Matricule des Anges n°274
| par
Franck Mannoni
Un livre
Par
Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°274
, juin 2026.

