L’Enfant et les brigands raconte l’histoire d’un jeune garçon, Timoteo, ayant grandi au milieu de prostituées dans une maison close. Le lecteur ne connaîtra pas l’époque où se déroule le récit. Tout ce que l’on peut en dire, c’est que c’était un temps où les brigands parcouraient les routes, où ils pourfendaient de riches seigneurs et où les moines parlaient de socialisme. Anachronisme ? Le livre est bien plus proche du conte que du récit historique. Le texte se veut au moins distrayant, non particulièrement réaliste et cela fait partie de son charme.
L’éducation de Timoteo passera essentiellement par les récits de ses amis, les prostituées et un moine défroqué, porté sur les plaisirs de la chair et la répartition des richesses, et des hommes faisant halte au bordel. Et ces histoires, récits des fraques de valeureux bandits, volant aux riches pour se donner à eux-mêmes, de fées capricieuses, de noyés morts-vivants et de sorciers loup-garou, auront évidemment une répercussion sur la vision du monde de notre jeune héros. Alors Timoteo, futur Don Quichotte ? Un peu. Si ce dernier voulait combattre des géants, Timoteo voudra trucider des rois. Mais l’enfant ne partira pas à l’aventure volontairement. Il y sera forcé. Il devra retrouver Frère Gaétan, le Lénine en robe de bure, qui aura mystérieusement disparu. L’impétueux garçon se cachera, se déguisera et côtoiera une pègre toujours très éthique. Évidemment, il croisera une très belle jeune femme de son âge, mutine et arrogante, et donc parfaitement à son goût de garçon timide, fille d’un sombre seigneur, cruel et fourbe. N’en disons pas plus. Comme d’habitude avec ce genre de récit, découvrir l’histoire fait partie du plaisir de la lecture. Contentons-nous de dire qu’il y aura des plans retors et un combat épique.
Mais L’Enfant et les brigands n’a pas reçu le prix Italo-Calvino uniquement pour son histoire. Tout d’abord, elle est racontée à hauteur d’enfant. Des commentaires comme « Il mourut d’inanition, conclut la Ninette, et Timoteo, qui ignorait le sens de ce mot, conclut que c’était quelque chose de très puissant, pour tuer un bandit si courageux » sont légion. De plus, l’auteur livre une véritable réflexion sur la littérature populaire. Elle émerveille et construit des modèles. À la lecture de son livre, l’on a du mal à imaginer Nicolò Moscatelli (né en 1985) fasciné par le charme de la banalité. Les récits construisent le monde de Timoteo et sa volonté de devenir lui-même brigand. Certains lecteurs pourraient grincer des dents en pensant à la sécurité de l’emploi de forban tueur de rois mais c’est probablement qu’ils n’ont justement pas eu les mêmes lectures que Timoteo. Enfin, saluons l’excellent travail sur l’argot de la traductrice Laura Brignon.
Premier roman parfait ? Cela dépendra des goûts. Si le récit a une trame principale, celle-ci est souvent interrompue par les historiettes et autres contes des personnages. Ces micro-récits sont un peu comme les fées de l’univers imaginaire de Timoteo, « des personnages extravagants, imprévisibles, qui agissaient seulement par caprice et n’avaient pas de maître ». Ils coupent le récit sans trop de raison, parfois le diluent, rompant alors la fluidité du roman. À ceux que cela ne dérangera pas, souhaitons-leur de nombreuses aventures pleines de brigandages et de nobles ténébreux.
Albain le Garroy
L’Enfant et les brigands, de Nicolò
Moscatelli
Traduit de l’italien par Laura Brignon, Le Typhon, 286 pages, 23 €
Domaine étranger Hors-la-loi, la belle aventure
juin 2026 | Le Matricule des Anges n°274
| par
Albain Le Garroy
Roman initiatique, L’Enfant et les brigands réhabilite les pouvoirs du conte et des récits populaires.
Un livre
Hors-la-loi, la belle aventure
Par
Albain Le Garroy
Le Matricule des Anges n°274
, juin 2026.

