Il n’a jamais prôné la destruction, ni le chaos. Trop vain, trop facile pour cet être passionné par les mots et leurs origines ! Celle d’apocalypse signifie révéler ce qui était caché. Gratter les apparences, aller au-delà des évidences, retrouver le brut, le sauvage, le païen sous le policé, le commun, l’institué, tel est un des objectifs fondamentaux du travail d’écriture de Max Rouquette. Né en 1908 à Argeliers, près de Montpellier, il apparaît avec le Gascon Bernard Manciet, comme un des plus grands écrivains d’expression occitane contemporains. Polygraphe, auteur de recueils de poèmes, de nouvelles, de romans, de pièces de théâtre, son œuvre -une trentaine d’ouvrages- n’en finit pas de grossir. Même si les dernières productions comprennent un bon nombre de rééditions, traductions. Ce qui n’est pas le cas du Livre de Sara, quatrième volet de Vert Paradis. Ouvrage assez inégal, même s’il recèle de somptueuses pépites, à la poésie grave, forte, fantastique, métaphysique où il retrouve son matériau de prédilection, la nuit, le rêve. « La nuit du sommeil, nous ne la vivons pas. La nuit du monde, nous la connaissons, nous la voyons, elle nous baigne de partout, et la lumière d’une étoile nous traverse comme une lance. Une douce lance, arme, plutôt, d’un enchanteur. Le lait de la lune, plus ou moins magique, comme celui de l’euphorbe, nous verse une sorte de nostalgie où la nuit entière nous passe dans l’âme et ensorcelle notre chair. Un souffle dans le feuillage en guise de baiser. Et les ténèbres, d’abord, deviennent un monde nouveau pour nous apaiser, nous prendre et nous noyer de paix. » Dans les deux pièces inédites de théâtre L’Épopée de Pappa Popov et Comme le Pater aux Ânes, joué en juin dernier au studio de l’Académie Française, il dénonce la guerre, ses abominations, la perte de l’identité et l’absurdité de la justice.
Vert Paradis dont vous venez de publier un quatrième volet occupe une part conséquente dans votre œuvre.
La série Vert Paradis n’est pas comme on a pu l’écrire une saga, en général caractérisée par le retour périodique de tel ou tel personnage d’une immense famille. Vert Paradis est constitué de nouvelles isolées les unes des autres et qui ont chacune leur unité. L’idée de saga est quand même bonne dans la mesure où elle cherche à exprimer une certaine unité de ton et d’inspiration.
Peut-on dire qu’il s’agit d’un cosmos ?
C’est un petit cosmos né du fait que je suis issu de cette région du Sud. J’y ai vécu, je n’en ai pas tiré un sentiment de supériorité quelconque sur telle autre région, patrie ou nation, etc… Il en va de même pour beaucoup d’écrivains, on ne décrit bien que ce que l’on connaît, que ce que l’on a ressenti, à plus forte raison, là où les impressions d’enfance ont été très fortes.
Le Livre de Sara est composé de cinq textes agencés de manière particulière, le premier parle d’un sommeil entrecoupé de veille dans une automobile, le dernier d’un autre sommeil sous...
Entretiens L’Apocalypse selon Rouquette
mars 2000 | Le Matricule des Anges n°30
| par
Dominique Aussenac
Théâtre, poésies, nouvelles, à 92 ans, Max Rouquette, écrivain occitan ne cesse de publier. Rencontre avec l’auteur d’une œuvre grave, crépusculaire tout autant que flamboyante.
Un auteur