L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête d’âne, tracé sur les murs des catacombes, à Rome. » Né en 1965 à Oullins, près de Lyon, de parents italiens qui périront dans l’atroce incendie du tunnel du Mont-Blanc en 1999 – ce qu’il relate dans ces deux premiers ouvrages Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit et Mont Blanc (Stock, 2010, 2011) –, Fabio Viscogliosi a enregistré cinq albums, illustré plus d’une douzaine de bandes dessinées et carnets de dessins, exposé au Musée d’art contemporain de Lyon, publié sept romans dont Harpo (Actes Sud, 2020) qui narre une singulière aventure française du burlesque américain.
Rococo Notes alterne écriture et dessin, instaurant un dialogue de l’une à l’autre, fragments d’une mosaïque, maison des muses conséquente qui présente un autoportrait en creux dans lequel l’auteur nous fait découvrir son jardin secret, ses aspirations, inspirations, délectations… Défilent ainsi Buster Keaton, Borges, son père chaudronnier, son grand-père maçon, Hokusai, les souliers vernis de McCartney, les trames de Bretécher, la théorie de l’iceberg d’Hemingway, la science-fiction, Scott Fitzgerald, les mots comme des îlots… Un merveilleux bric-à-brac humaniste. Une poésie de l’intime et des lointains.
Fabio Viscogliosi, qu’est-ce qui se trame dans Rococo Notes ?
Rococo Notes est un livre qui procède par ricochets et associations multiples. Il y est beaucoup question de dessin, d’écriture, de cinéma et d’images, de la vie des formes, si l’on veut, et de comment celles-ci s’inscrivent en nous, ou en moi, plus modestement. Car mon point de vue est toujours subjectif, fantasmatique, même. C’est peut-être le lien avec la trame dessinée, qui est un effet d’optique saisissant : un agencement de lignes ou de points réussit à donner à notre cerveau le sentiment d’une teinte continue. Une manière de combattre le chaos et la dispersion, en somme.
Le rococo, est-ce pour vous l’art du faux, du faux bois dont vous aimez dessiner les trames ?
Le faux bois produit une vérité qui ne relève pas du réalisme, au sens commun. C’est le miracle du dessin, et la démonstration de Jean Renoir à propos de la tapisserie de Bayeux que j’évoque dans le livre. Un motif, même rudimentaire, a le pouvoir de nous enchanter au-delà de la raison. Idem pour la rocaille, ce jardin de poche semblable à une scène de théâtre où tout peut arriver. Il suffit de...
Entretiens L’homme qui fait l’âne
mai 2026 | Le Matricule des Anges n°273
| par
Dominique Aussenac
Dans un ouvrage illustré par ses soins, Fabio Viscogliosi rend un magnifique hommage à l’imaginaire, à sa famille, aux arts de la fugue.
Un auteur
Un livre


