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Histoire littéraire L’érotisme lancinant de Leonor Fini

novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268 | par Richard Blin

En dressant le portrait littéraire de l’artiste (1907-1996) dont l’œuvre unit la vérité de l’ascèse à l’authenticité de la jouissance, Laurence Benaïm dessine aussi une histoire artistique du XXe siècle.

À l’heure où les collectionneurs d’art privilégient l’art figuratif à tendance surréaliste, et au moment où les artistes femmes font l’objet de toutes les attentions, la vie et l’œuvre de Leonor Fini sont en train d’être redécouvertes dans toute leur originalité et leur puissance. Scandaleuse touche-à-tout, femme libre et totalement indépendante, Leonor Fini fut une artiste insaisissable qui, en brouillant les frontières entre l’art et la vie comme entre le masculin et le féminin, se comporta en pionnière et anticipa les débats contemporains sur la fluidité de genre. Son œuvre, libératrice et térébrante, est peuplée de créatures hybrides, de femmes-sphinges silencieuses et protectrices, d’androgynes troublants, d’éphèbes à la beauté souveraine. Ces êtres aux formes parfaites évoluent dans un climat de fêtes cérémonielles ou dans des simulations de rites ancestraux où rituel sacré et érotisme se mêlent dans une atmosphère de recueillement en soi-même et d’aventure intérieure. Des tableaux étranges (avec tout ce que cette étrangeté porte en elle-même d’inquiétant) qui racontent des visions et sont comme le fruit d’un immense rêve commencé sans doute dès l’enfance.
Leonor Fini, pseudonyme d’Eleonor Fini, est née en 1907 à Buenos Aires du mariage d’Herminio Fini, riche homme d’affaires argentin et de Malvina Braun, native de Trieste. Quand quelques mois plus tard, le couple parental explose, la mère s’enfuit avec sa fille et revient à Trieste. C’est dans cette ville cosmopolite que grandira Eleonor. Une enfance de petite princesse dans l’ombre d’un père qui commanditera plusieurs tentatives d’enlèvement, la contraignant souvent à se déguiser en petit garçon. Dans cette famille où l’on parle italien, français, allemand, elle aura pour pygmalion son oncle maternel et des amis plus âgés qui l’initieront à l’art romantique allemand et lui feront lire Le Gai Savoir de Nietzsche. Elle commence à peindre à 15 ans, et à 17 ans quitte sa famille pour rejoindre Milan afin d’y poursuivre des études artistiques, et d’y tenir sa première exposition. Elle y fut proche de Giorgio De Chirico et de Filippo De Pisis qui lui aurait dit qu’elle était faite pour Paris. Une ville qu’elle rejoignit en 1931 pour retrouver le prince Lorenzo Lanza del Vasto dont elle était tombée amoureuse. Elle s’en sépara très vite au profit de Mandiargues, qui l’appelle dans ses lettres, la gattora, la chatte. Ne s’embarrassant d’aucune contrainte, faisant partie des belles étrangères – avec Lee Miller l’Américaine et Meret Oppenheim l’Allemande –, elle plaît aux hommes comme aux femmes et fréquente les surréalistes, avant de se rebeller contre le sectarisme d’André Breton, qui jamais ne dira un mot ni n’écrira sur elle. Tout en explorant un univers onirique peuplé de figures à la sexualité non genrée, elle devient l’égérie extravagante de fêtes somptueuses et se lance dans des créations aux confins de l’art, de la parure et de la mode. Elle exposera trois fois à New York mais l’Amérique la rejette.
Après les années de guerre, elle devient la reine des bals costumés, donnant libre cours à son goût des masques et de la mise en scène de soi, disant aimer aller dans les soirées « où les gens [lui] servent de toile de fond » – tout comme elle dira que peindre est sa manière de dire « je suis ». « Toute ma peinture est une autobiographie incantatoire d’affirmation. » Pour faire face à ses mœurs dispendieuses, elle multiplie les contributions bibliophiliques, illustrant Sade, Baudelaire, Shakespeare, Poe…, et se fait décoratrice de théâtre et costumière. Elle captive Moravia, Visconti, Fellini, Yves Bonnefoy, Jouhandeau, Jean Genet. Son atelier, sa vie d’amante et maîtresse, elle les partage avec ses deux amants – Stanislao Lepri et Constantin Jelenski – et ses dix-sept chats, un animal qui est un des pôles magnétiques de sa sensibilité. D’où ses créatures mutantes nées du mariage entre la félinité et la féminité, entre ce que l’animal possède d’irréductiblement sauvage et ce que la femme recèle en elle-même de suprêmement civilisé. Mais dans les années 1970-1980, les temps deviennent difficiles. Ce sont les Nanas de Niki de Saint Phalle qui triomphent, poussant Leonor Fini à publier des récits et à multiplier les lithographies. Trois grandes rétrospectives – à Ferrare, au Japon, à Paris – adouciront un peu sa vieillesse.

Richard Blin

Leonor Fini, de Laurence Benaïm
Gallimard, 320 p., 150 illustrations, 32

L’érotisme lancinant de Leonor Fini Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°268 , novembre 2025.
LMDA papier n°268
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