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Domaine étranger Petite apocalypse

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Gilles Magniont

Réédition du second roman de Nick Cave, surprenant de maîtrise et d’ambivalence.

Mort de Bunny Munro

« Je suis foutu » songe Bunny Munro avec la lucidité soudaine de ceux qui vont bientôt mourir » Prolongeant le titre Mort de Bunny Munro, cette entame laisse assez peu de doute sur la suite. C’est une sorte de chemin de croix que dessinent ces trois cents pages accrochées à une pauvre conscience, en quelques jours et trois stations successives : Bunny-la-trique, Bunny-la-tchatche, Bunny-la-clamse. Bunny, c’est à première vue un programme assez simple : derrière le magnétisme du bel homme d’allure dynamique, une fripouille priapique qu’échauffe une serveuse du Pizza Hut aussi bien qu’une chanson de Kylie Minogue ; un représentant en cosmétiques qui visite des miséreuses du sud de l’Angleterre pour leur fourguer des cosmétiques et éventuellement les renverser sur le canapé. Mais tout commence à dérailler quand il découvre que son épouse Libby, désespérée de ses infidélités, s’est pendue dans leur chambre, lui laissant qui plus est la charge exclusive de leur jeune fils.
Il apparaît donc vite que le récit va assez catholiquement conduire Bunny vers son jugement dernier, jusqu’à faire pleuvoir sur lui larmes, coups et humiliations diverses – ce qui laisse craindre que Cave n’entonne ici une longue prédication déglinguée, gueulant le bien et le mal comme pour prolonger paresseusement ses chansons. Mais loin de tout ça, Mort de Bunny Monroe (paru en 2009) s’avère être très maîtrisé, très tenu, et sait éviter les complaisances de l’hyperbole ou du sermon. Notamment, le romancier varie avec art les rythmes et les registres, faisant osciller le monologue intérieur du côté hallucinatoire – quand Bunny se trouve cerné par les apparitions : « Intuitivement il sait que ces ombres sont celles des morts qui se réorganisent, se décalent pour lui faire de la place » – comme, de manière plus inattendue, aux confins du comique. Au volant de sa Fiat Punto, Bunny figure une sorte de monstre, certes ; mais ses gueules de bois et ses impossibles envolées font assez souvent rire (« Il laisse libre cours à son imagination et se rend pour la millionième fois à l’évidence : il n’en a pas, aussi visualise-t-il son vagin »), de même que sa découverte des charmes du veuvage : « Il y a désormais dans son regard une intensité qui n’existait pas auparavant – une lumière tragique – chargée d’un potentiel inestimable, alors il lance au miroir un regard triste, émouvant, et est sidéré par son nouveau pouvoir d’attraction ».
Notre VRP n’est ainsi jamais complètement étranger à son lecteur (en tout cas à son mâle lecteur). Et il faut reconnaître, autre complexité, que ce père indigne fait toute la fierté de Bunny Junior, et qu’un « courant de compréhension mutuelle passe entre eux, obscur, intangible ». De là à parler de rédemption, il y a un pas que Cave sait ne pas franchir : Bunny se découvre hanté par le fantôme de Libby, mais son chagrin demeure « dépravé », et rien ne permet de décider de l’issue de son anéantissement.

Gilles Magniont

Mort de Bunny Munro, de Nick Cave
Traduit de l’anglais par Nicolas Richard,
La Table Ronde, 320 pages, 23

Petite apocalypse Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°265 , juillet 2025.
LMDA papier n°265
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