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Essais Des fibres et des hommes

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Éric Dussert

Matériau principal sur lequel repose le monde du livre, le papier est le sujet d’un essai très personnel d’un libraire d’anciens.

Libraire spécialisé dans le livre très ancien, incunable notamment, Nicolas Malais mène une double activité de marchand et de spécialiste en histoire du livre depuis une vingtaine d’années. Éditeur par ailleurs, il a réuni ses réflexions sur un domaine souvent mal négligé par les amateurs de livres, son support : le papier. Sous-titré « Itinéraires d’un bibliophile à travers le temps et les pages », son recueil envisage donc le livre à travers le prisme de ses fibres, ou de ses peaux lorsqu’il s’agit de parchemin, avec le souhait de « rendre le plaisir du papier communicatif », ce dernier étant déjà fort communicant. Né aux alentours 105 après J.-C. à Lei-Yang, en Chine, dans le Hunan, il se trouve aussi bientôt du côté de Samarcande en Asie centrale où l’on utilise de l’écorce de mûrier pour fabriquer le plus épatant des papiers de soie, aujourd’hui encore. Bref, le parchemin qui avait précédé le papier dans son usage de conservatoire des textes et des images – et qui possédait lui aussi sa version de luxe, le vélin en peau de veau de préférence mort-né – cédera sa place au moment où la fabrication du papier se révélera bien moins onéreuse.
Epair, filigrane (en forme de licorne pour la Somme rurale de Jean Boutillier, circa 1430), tout à son « théâtre de papier », Nicolas Malais fait un tour du propriétaire, explique les termes techniques, signale les bibliographies de références, ces prolongements du cerveau bien encombré du libraire souvent très érudit. L’écrivain oulipien François Caradec (1924-2008) reconnaissait volontiers avoir fait ses humanités dans les catalogues à prix marqués des libraires qui y tricotent souvent des notices explicatives d’une incroyable sapience. Finalement, Nicolas Malais met à l’épreuve son goût bibliophilique avec les usages et les habitudes de ce milieu, parfois un peu conservateur, voire vieillot. Car la bibliophilie est comme le livre, sujette à évolution : on ne collectionne plus comme autrefois. Ainsi se sont peu à peu effacées les éditions à multiples papiers de tête (ici il faut entendre : exemplaires sur papiers spéciaux – chine, japon, vergé, etc. – tirés par l’imprimeur au début – en tête – de son travail pour fournir des pages parfaites avant que les caractères typographiques ne perdent de leur précision graphique par usure).
Et c’est tout un art de l’amour du livre que nous peint Nicolas Malais, comme autrefois le tendre Francis de Miomandre ou Charles Nodier l’avaient fait. Une bibliographie sentimentale qui ne néglige ni les papiers de couleur, ni les « cinq sens du bibliophile » depuis la vue jusqu’au goût. Car le papier a un goût, une odeur et, naturellement, un son… « Ce qui m’amuse toujours beaucoup en tant que bibliophile, c’est tout ce vocabulaire si particulier dont usent les libraires dans leurs catalogues pour décrire l’état du papier. (…) Le libraire de livres anciens manie la langue française à l’aune d’une objectivité toute relative : celle du marchand : il jauge, selon ce prisme, rousseurs, mouillures, piqûres et déchirures éventuelles. Il est convenu que le lecteur de la description possède les mêmes codes et sait lire entre les lignes (…) Les rousseurs sont toujours “habituelles”, les piqûres “usuelles” ; les couvertures “sont passées” – “comme toujours” ! » Et Apollinaire s’amusait dans Le Flâneur des deux rives (1918) avec ce matériau de choix : « DUMAS (A.), Napoléon. Un grand tome. », plus loin « KARR (A.), Les Guêpes, Piq. », ou « VILMORIN, Les Oignons. Pap. pelure. » et, naturellement, « Histoires des cocus, nombreuses cornes. » Et puisque de la bibliophilie la part la plus fantasque reste tout de même le livre d’artiste (parfois sur papier peint) et les curiosa (catégorie à laquelle appartiennent les livres érotiques), on peut se demander si La Couillebarine des preux a été imprimé sur papier de verre. Allez savoir…

Éric Dussert

Un monde de papier, de Nicolas Malais
Librairie ancienne Cabinet Chaptal,
272 pages, 30

Des fibres et des hommes Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°265 , juillet 2025.
LMDA papier n°265
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°265
4,50