Figure de proue de la diaspora arménienne en France, Armen Lubin (pseudonyme de Chahnour Kerestedjian), né en 1903 à Istanbul, installé en France en 1923 et mort en 1974 à Saint-Raphaël, aura exprimé tout au long de son œuvre l’exil, la maladie et la solitude des survivants. Dans Un brin de cœur tendre, une nouvelle de 1933, c’est à travers la rencontre de deux figures qui se croisent un bref instant de leur vie qu’il figure la douleur de l’arrachement, ressentie d’autant plus fortement qu’elle est peinte par l’entremise de gestes et d’objets quotidiens… « Un grand paquet sous le bras, elle monta dans le tramway 89, qui va de l’Hôtel de Ville à Clamart. » Une femme mûre rencontre un jeune homme. « La corpulente maman portait un chapeau noir, ridiculement petit, ainsi que des sourcils noirs, une lèvre supérieure noire, deux dents noires. Et puis aussi, un noir destin d’Arménienne. » Le texte appartient à la partie de l’œuvre encore non traduite ou traduite tardivement du poète reconnu et du « grand malade » des fameux Transfert nocturne (Gallimard, 1955) et Le Passager clandestin (Gallimard, 1946). Quelques-uns de ses textes en arménien n’ont toujours pas de version française, ainsi que La Retraite sans fanfare. Histoire illustrée des Arméniens a attendu quatre-vingts ans sa traduction (Act’Mem, 2009). La densité et la beauté d’Un brin de cœur tendre démontrent qu’il est temps d’appréhender cette œuvre dans son intégralité désormais.
Éric Dussert
Un brin de cœur tendre d’Armen Lubin
Traduit de l’arménien par Arpik Missakian, éditions Parenthèses, 94pages, 17 €
Poésie Un brin de cœur tendre
juillet 2026 | Le Matricule des Anges n°275
| par
Éric Dussert
Un livre
Par
Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°275
, juillet 2026.

