Mongolie. Mon chameau s’appelle Charlotte
C’est une drôle de BD, dessinée à hauteur d’enfant, avec des blagues qui font rire, un langage direct et accessible, des histoires faciles à comprendre. Mais ne pas se fier à son aspect juvénile. C’est aussi une vraie introduction, sérieuse, hyper-documentée, au monde des éleveurs en Mongolie. Ces gens qui ont un pied dans l’éternité de la steppe infinie, vivent dans des yourtes, et pratiquent – encore aujourd’hui – le nomadisme pour faire paître leurs animaux en toute saison, dans un pays où la météo passe allègrement de + 40°C à – 40°C. Et leur autre pied dans le monde contemporain : ils captent la 5G au milieu de nulle part, gèrent tout avec leur smartphone, et alimentent leurs congélateurs (installés sous la yourte) avec des panneaux solaires.
C’est une démarche littéraire et graphique de neuf années : l’anthropologue Charlotte Marchina contacte le dessinateur Jim Jourdane. Ils commencent à travailler, se perdent sous l’abondance de matière (depuis dix ans, à l’époque, Charlotte passait deux mois chaque année à travailler en Mongolie, elle avait pondu une thèse de 350 pages, c’est raconté à la fin du livre : le making of est aussi humoristique qu’instructif). Ils pataugent un peu, font appel à une troisième autrice, Naïs Coq, qui dessine bien les chevaux de Przewalski. Trois auteurs, donc, pour un livre inclassable, rigolo et scientifique, un documentaire qui pète toutes les catégories, raconte la vie quotidienne, donne la recette de raviolis au gras, la manière de monter une yourte façon notice Ikea, n’oublie pas la rubrique mode (dont les emprunts de Star Wars au vestiaire traditionnel), raconte l’usage universel du marteau en cuisine et dans les actions agricoles, ou du duct tape (ce gros ruban adhésif toilé qui répare tout). Mais aussi la complexité des groupes ethniques, la géographie de ce pays immense, dont la capitale Oulan-Bator se situe à la même latitude que Brest. Le lecteur, de 7 à 117 ans, n’est pas au bout de ses surprises.
Comment est née l’idée de cette bande dessinée ?
En 2015, quand j’ai fini ma thèse, je cherchais des moyens de sortir du contexte académique. Je voulais faire découvrir la Mongolie à un public large, depuis les enfants à l’âge où ils sont curieux jusqu’aux adultes. Et faire connaître le métier d’anthropologue. Le travail de Jim Jourdane m’intéressait. Il avait lancé un financement participatif pour publier sa première bande dessinée Les Mésaventuriers de la science.
Dans la BD, vous racontez votre parcours. Comment en êtes-vous arrivée là ?
Jusqu’à la terminale, je ne savais pas que le métier d’anthropologue existait. J’aurais pu faire de la physique, ou devenir vétérinaire, ou traductrice. Mais surtout, je ne voulais pas m’ennuyer. Je rêvais d’un métier où on voyage, on parle des langues différentes, et qui soit un peu intellectuel. Un enseignant m’a lancé : « Et vous croyez qu’on va vous payer pour ça ? » Puis un ami m’a fait découvrir l’existence de ce métier....

