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Poches Dans les motifs

juin 2026 | Le Matricule des Anges n°274 | par Jérôme Delclos

Deux livres exemplaires de la démarche de Martin de la Soudière et de sa « géopoétique », pour assouvir notre besoin de paysages.

Par monts et par vaux. Petit abécédaire des paysages

Décédé le 2 février dernier, Martin de la Soudière (1944-2026) n’aura pas vu ces deux rééditions, dont celle de Par monts et par vaux, sous-titré « Petit abécédaire des paysages », qu’il avait travaillé à retoucher et augmenter. L’incipit de son introduction, « Topoï  : plaidoyer pour les motifs paysagers », résume en effet une démarche, quasiment un programme si le mot n’était réducteur, qui fut celui du géographe, ethnologue et ethno-poète. « Sous des angles et des registres différents, il s’agira de décrire plusieurs aspects et thèmes de la géographie qui, plus que d’autres, marquent en profondeur le territoire de la France, comme l’ancien écolier que je fus et l’amoureux des paysages que je suis devenu » Tout est déjà dans cet incipit : le scrupule et la modestie du chercheur discret, le rapport à l’enfance et à l’école d’un universitaire qui s’est toujours voulu scolaire au noble sens de la « scholé », à la fois savoir et « loisir », « temps libre ». Et la passion.
L’abécédaire est une sélection de « motifs paysagers » : « modèles », « éco-symboles », ce sont des « lieux ordinaires » et non des « hauts lieux ». « Pour chaque motif retenu, et apparaissant dans un ordre différent, le récit se déroule selon une triple approche (…) : géographique stricto sensu (…)  ; littéraire, avec le questionnement qui m’est cher sur la manière dont poètes et romanciers utilisent ces motifs ou s’en emparent (…)  ; enfin, une approche toute personnelle où s’expriment ma propre sensibilité, mes expériences de ces lieux et paysages ainsi que mes souvenirs ». Ainsi par exemple le motif « Colline, une montagne en pente douce » recevra-t-il d’une part son incertaine parce que relative définition géographique de « petite montagne » (or les « hills » de l’Himalaya sont des sommets de « moins de 3000 mètres d’altitude (sic) »), ses localisations dans la « France des collines » (Perche, Artois, Drôme, etc.) mais aussi chez ses écrivains et poètes (Giono, Jaccottet, Barrès, Jules Romains ; il y a aussi des peintres – Corot, Pissarro – et pourquoi pas… le Joe Dassin de Siffler sur la colline). Et toujours ce qu’en retient l’auteur de façon personnelle – ici des souvenirs d’enfance dans les « pré-Pyrénées » ou les « collines sous-vosgiennes » –, et de façon intime et poétique : une colline, c’est un « sein rond ». Cette approche triple, rêveuse et promeneuse, profuse en références érudites et petits souvenirs, se retrouve dans chacun des motifs, lesquels traitent des lieux non pas comme de choses mais dans leurs relations entre eux, ou entre eux et les impressions qui les accompagnent pour qui les habite ou les traverse : « Il brume sur le village », « Le désert, le vide, l’absence », « L’étang mal aimé et le lac magnifié », « la vallée, un sillon entre les montagnes », etc.
S’il y a peu d’humains dans l’abécédaire, c’est l’inverse dans Le Col de l’oubli sous-titré « En Lozère, dans les pas de Paul, Hélène et les autres », réédition d’un texte paru aux éditions du Miroir en 2017. « Fiction vraie », juge dans sa préface la sociologue Nicole Lapierre, quand l’éditeur souligne le goût qu’avait Martin de la Soudière pour Pessoa et ses hétéronymes. Dans Le Col de l’oubli, on suit l’auteur dans son enquête sur Paul Arroyo, instituteur itinérant et fils d’immigrés espagnols, dont il avait connu le fils en réalisant en 2013 un documentaire en Lozère, Traces. C’est une biographie – Paul, sa femme Hélène, les Lozériens qui les entourent – pleine de péripéties et impossible à résumer, le roman de plusieurs très belles vies qui se croisent. Plus encore que dans l’abécédaire, on y découvre un écrivain, un vrai style. « Nouvel été sur l’Aragon. Une fois encore cette année-là, torpeur sur la campagne, muets même les oiseaux et les insectes, le soleil donnait à plein, un mauvais œil qu’on aurait dit hostile. » Giono n’est pas très loin.

Jérôme Delclos

Martin de la Soudière, Par monts et par vaux, 203 pages, 12 & Le Col de l’oubli, 141 pages, 10 , tous deux chez Anamosa

Dans les motifs Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°274 , juin 2026.
LMDA papier n°274
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LMDA PDF n°274
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