Un chœur d’enfants, deux gamines, Lucia et Béné, et quelques adultes de passage peuplent cette pièce jeunesse. Lucia vit avec son père sur un bateau jaune. Elle change d’école au gré de leurs escales et de leurs voyages. Et quand elle débarque dans un nouvel endroit, c’est comme si elle l’accostait avec des mots de pirate et de poète. Elle déclame de la poésie à tout bout de champ, dans un abribus, au milieu de la cour, s’installe par terre pour lire. Alors forcément elle détonne. Le chœur des enfants se fait chambre d’écho des bouleversements qu’elle provoque : « Elle…/ Différente./ En tout point !/ Vêtements./ Cartable./ Coupe de cheveux./ Causé./ Pas pareille./ Elle…/ Sort du lot./ De la troupe./ Ah non ! Lé pas bon ça !/ Alors forcément./ Étudiée./ Observée./ Des orteils./ Aux oreilles./ Pourtant pas si./ Et en même temps tellement./ Elle…/ Différente./ Extrêmement./ Alors forcément. » La langue de Philippe Gauthier emprunte des mots et des expressions au créole réunionnais. Pour la sensualité de cette langue. Il travaille pour le chœur des phrases courtes, rythmiques, presque empêchées, ponctuées de points. En contraste avec la langue de Lucia quand elle se transforme en pirate poète. Lucia va entraîner dans cette aventure Béné, elle va vaincre ses réticences. Car Lucia est une passeuse. La jeune « piratante » sème des graines de mots dans les cœurs.
Pour Philippe Gauthier : « Pirate et poète sont, à mon sens, deux symboles de liberté. D’un côté par les actes, et de l’autre par les mots. En les réunissant, j’ai voulu aller au-delà. Dans un état que seule l’enfance autorise (même si de moins en moins). Une sorte d’ultra-liberté. »
C’est tellement bon quand un vent de liberté souffle dans un texte. L’impression de prendre le grand large et d’ouvrir l’horizon à l’inconnu, la rencontre, la fantaisie, la surprise, la pétillance. La vie en plus grand quoi !
Laurence Cazaux
Les Pirates poètes, de Philippe Gauthier
Théâtrales jeunesse, 50 pages, 8 €
Théâtre Les Pirates poètes
juin 2026 | Le Matricule des Anges n°274
| par
Laurence Cazaux
Un livre
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°274
, juin 2026.

