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Domaine étranger Encore un complot

janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269 | par Jérôme Delclos

Avec J.D. Salinger comme prétexte, Enrico Deaglio nous balade avec brio entre docu et fiction.

La Dernière Femme de J.D. Salinger

L’Américain Jerome David Salinger (1919-2010) est célèbre pour un best-seller de la contre-culture, L’Attrape-cœurs (The Catcher in the Rye, 1951), 65 millions d’exemplaires vendus depuis sa parution. Dans ce roman d’apprentissage à la première personne, on suit un ado en crise, Holden Caulfield, 16 ans, fugueur de son lycée et qui erre trois jours dans New York. Il deviendra le premier antihéros de la culture pop, une icône. Le succès du livre est immédiat, les polémiques qui vont avec aussi du fait de certains thèmes – décrochage scolaire, alcool, drogues, prostitution – et de son style nourri d’argot. Mais si Salinger est un écrivain mythique, c’est aussi pour avoir, deux ans après la parution du roman, quitté New York pour un bled dans le New Hampshire, Cornish – 1616 âmes en 2025 – où il mènera une vie de reclus sans plus rien écrire, refusant d’être interviewé ni photographié, et attaquant en justice ses biographes. D’où une aura de mystère et de secrets, renforcée par trois faits divers : le meurtre de John Lennon en 1980, en 1981 une tentative de meurtre sur Ronald Reagan, en 1989 l’assassinat devant chez elle de l’actrice et mannequin Rebecca Schaeffer, 21 ans : à chaque fois, L’Attrape-cœurs était le livre de chevet du tueur.
C’est le matériau, puissamment romanesque, brassé par Enrico Deaglio dans La Dernière Femme de J.D. Salinger. Journaliste d’investigation réputé et très primé en Italie, Deaglio a enquêté, entre autres, sur un résistant sous le fascisme, sur la mafia, sur les scandales financiers des années berlusconiennes. Il est considéré comme l’un des meilleurs représentants de la non-fiction novel : de l’enquête écrite comme du roman, avec chez Deaglio des allers-retours constants entre les points de vue des acteurs, et entre les époques. C’est cette même méthode que l’on retrouve ici. Elle combine les aspects les plus fameux de la personnalité de Salinger et des polémiques autour de son roman avec un millefeuille biographique moins connu : sa période militaire durant la guerre où il participe à la libération du camp de Dachau, son mariage avec sa première femme, d’autres femmes dont une espionne russe, et tout un imbroglio autour de ses manuscrits inédits. L’ensemble est foisonnant, mieux vaut ne pas sauter des pages. La narration progresse du point de vue d’un universitaire, le « professeur Taliabue », sorte de double de Deaglio, qui dans le premier chapitre reçoit la visite d’un agent du FBI « spécialiste des « crimes littéraires » ». On est sous Trump, le FBI marche sur des œufs vis-à-vis d’un président prompt à virer quiconque lui déplaît, et les Russes mettent la pression, y compris à coups de « kompromats », pourquoi pas visant Trump lui-même.
Il est impossible d’en dire plus sans « spoiler » (dirait Holden Caulfield aujourd’hui). Lisons plutôt l’extrait sur la deuxième de couverture : « Vladimir Poutine est le seul homme au monde à avoir lu la suite de L’Attrape-cœurs. Cela dépasse de beaucoup la possession de la bombe atomique : cela revient à détenir le monopole des rêves des adolescents du monde entier ». Composée en cinq chapitres consacrés à chaque fois à l’un des protagonistes de l’intrigue, la narration est le plus souvent drôle, mais aussi grave et émouvante quand il est question de la période militaire de Salinger, du traumatisme de la découverte de Dachau avec son régiment, ou du meurtre de sang-froid de la belle Rebecca Schaeffer. Ou bien encore dans le lien, très convaincant, que tisse l’auteur entre le personnage de la nouvelle de jeunesse « A Girl I Knew », et une femme possiblement bien réelle.
Le livre refermé, on se découvre troublé. Une innocente « fantaisie-plaisanterie », dit Deaglio dans sa note explicative. Voire… Et si le grand journaliste d’enquête, qui s’est frotté à bien des affaires sensibles, ne feignait avoir écrit un roman que pour mieux dissimuler la plus explosive de l’époque ? Pour se protéger… Au reste, aucune mention « Roman » sur la page de garde. Certes la quatrième de couverture indique un « roman d’espionnage ». Mais l’on sait bien que les quatrièmes sont rédigées à la va-vite par les stagiaires. On ne nous la fait pas.

Jérôme Delclos

La Dernière Femme de J.D. Salinger,
d’Enrico Deaglio
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Éditions du Portrait, 83 pages, 13,90

Encore un complot Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°269 , janvier 2026.
LMDA papier n°269
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LMDA PDF n°269
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