Tolkien contre les machines. Écologie et antifascisme en Terre du Milieu
L’extrême droite fait feu de tout bois. Sébastien Fontenelle nous montre comment elle se réclame de Tolkien tout comme elle le fait sans vergogne de Gramsci, de Pasolini, d’Orwell. Mathieu Bock-Côté, l’éditocrate québécois installé en France, « la première ministre postfasciste » Georgia Meloni, le milliardaire libertarien américain Peter Thiel qui a donné à ses sociétés « des noms piochés dans l’univers tolkienien », se disent haut et fort nourris de la lecture du génial auteur du Seigneur des anneaux. Alors conservateur, Tolkien ? L’essayiste et journaliste à Blast n’élude pas la question, l’écrivain anglais, catho tradi assumé, est « certes difficile à enrôler dans les rangs de la gauche ». Mais une autre « expérience de lecture » est possible, dans le sens d’une « source d’inspiration progressiste, notamment sur la question environnementale, devenue indissociable de la question politique ».
Qu’il s’agisse du rapport à la nature des Hobbits, de leur pratique du don (ici un beau chapitre sur un parapluie transmis par Bilbo à Adélard Touc), de la « sobriété bien ordonnée » de leur existence ou encore de Tom Bombadil figurant « l’esprit de la campagne anglaise », Fontenelle est convaincant sur la question de l’écologisme de Tolkien, l’est encore, sa correspondance à l’appui, en nous le révélant en « antiraciste » et « antifasciste ». Les héritiers de l’écrivain, via leur fondation « Tolkien Trust » active dans le secours aux exilés, aux immigrés, aux sans-abri, et qui prend position contre le commerce des armes, transmettent son ethos politique. Le chapitre « Machines fascistes » qui donne son sous-titre au livre gagnerait sans doute à être plus étayé. Mais la concision de cet essai plaisant en fait aussi une introduction claire et commode à Tolkien et son foisonnant univers du « Comté ».
Jérôme Delclos
Tolkien contre les machines. Écologie et antifascisme en Terre du Milieu, de Sébastien Fontenelle, Lux, 117 pages, 14 €
