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Poésie Louée soit la lumière

juin 2025 | Le Matricule des Anges n°264 | par Emmanuelle Rodrigues

prix Nobel de littérature en 1979, Odysseas Elytis est remis à l’honneur grâce à la nouvelle traduction de Soleil premier et celle inédite de Soleil soleilleur.

Soleil premier (suivi de) Soleil soleilleur

Originaire d’une famille de Mytilène, Odysseas Elytis est né en Crète, en 1911. Tôt passionné par la littérature, il rencontre Andreas Embirikos, qui l’initie au surréalisme, durant ses années de jeunesse. Son premier livre, Orientations, paraît à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1940, il se trouve sur le front d’Albanie, et de retour en Grèce, après avoir été blessé, Soleil premier paraît en 1943 mais ne sera édité en français par P. J Oswald qu’en 1972 dans une traduction de Dominique Grandmont. Figure de la vie culturelle, l’écrivain est reconnu comme l’un des plus importants poètes grecs modernes à l’instar de Cavafy, Séféris ou Ritsos. Parti vivre à Paris, en 1969, tandis que la junte militaire s’est installée au pouvoir depuis deux ans, Elytis écrit Soleil soleilleur, qui sera édité en Grèce en 1972. Magnifiquement traduits par Laetitia Reibaud, les deux textes réunis en une sorte de dyptique, s’inscrivent bien au cœur de la poétique d’Elytis, imprégnée tout à la fois de classicisme et de modernité. Comme le souligne la traductrice et préfacière, conçus à une trentaine d’années de distance, ils n’en demeurent pas moins porteurs de cette célébration de « la beauté du cosmos grec, terre d’éros et de la lumière, vision du paradis. »
Deuxième recueil d’Elytis, Soleil premier témoigne d’une veine quelque peu surréaliste où rêve et érotisme jouent un rôle prépondérant, exaltant néanmoins la singularité grecque. L’ensemble du poème déploie trois motifs principaux, la terre, la mer et le soleil, formant une triade de divinités et tenant lieu de puissances mythiques. Le soleil délivre-t-il son énergie de feu, indispensable à la vie, tandis que la terre s’offre toute de fécondité et la mer laisse miroiter tous les possibles éclats de la lumière solaire. De cette splendeur flamboyante jaillit la parole poétique, le fondement de son éternité et son absolu. Évocatrices de cette terre grecque charnelle et éblouissante, les images ici en présence, tendent à rendre la sensualité d’une langue, elle-même porteuse d’une puissance érotique. Ainsi, dans « Corps de l’été », peut-on lire ces vers aux accents rimbaldiens : « Ô corps de l’été nu brûlé / Dévoré par l’huile et par le sel / Corps de la roche et frison du cœur / Grand flottement de la chevelure de l’osier / Haleine du basilic sur le pubis frisé / Plein de petits astres et d’aiguilles de pin / Corps profond navire du jour ! » Il s’agit de déchiffrer le monde des apparences, de pénétrer le cœur du vivant, d’en donner à voir la prodigieuse richesse. Ce qui est lumière est parole, antithèse de cette nuit, « effrayant anonymat de la mort ».
Si une forme de lyrisme caractérise Soleil premier, il y a dans Soleil soleilleur une exigence qui privilégie beaucoup plus l’épure. Écrite comme une cantate destinée à être mise en musique, elle le sera en 1982 par Dimitris Lagios, l’œuvre n’est pas sans solennité. Soleil premier est imprégné d’une certaine touche patriotique, alors que la portée de Soleil soleilleur atteint à une forme de gravité. Dès lors, ces deux œuvres se font bel et bien écho attestant la force magnétique d’une voix qui n’a rien perdu de son intensité. Le motif solaire, point commun à ces textes écrits à des moments charnières de l’histoire de la Grèce, n’en fait pas moins saisir la nécessité de ne pas renoncer aux pouvoirs de la création poétique, et par là, de restituer pleinement la lumière d’une terre, au cœur d’une harmonie cosmique à laquelle les êtres humains prendraient part. À ces vers de Soleil premier : « Je donne la main à la justice / Limpide fontaine source très haute » répondent ceux de Soleil soleilleur : « Que commence le chant que monte la douleur : que prennent et que donnent l’esprit et la pensée ».

Emmanuelle Rodrigues

Soleil premier (suivi de) Soleil soleilleur, d’Odysseas Elytis, traduit du grec par
Laetitia Reibaud, Unes, 96 pages, 19

Louée soit la lumière Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°264 , juin 2025.
LMDA papier n°264
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LMDA PDF n°264
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