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Domaine français L’archipel des ombres

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Thierry Guichard

Le nouveau roman de Thierry Froger a quelque chose de crépusculaire, comme si ce dernier opus traversé par la figure de Rose était une manière de clore toute une vie.

On l’avait découverte jeune amoureuse du J.-L.G., le Godard qui planchait sur la révolution française et s’était pour cela rapproché de Jacques, l’ami historien, le père de Rose. Dans Sauve qui peut (La Révolution) Rose était le soleil et la rosée, ses jambes fines éclairant les coins et recoins de l’île fluviale de Chalonnes (chère à l’auteur, cf. Lmda N°196). Sa mère, révolutionnaire incandescente, était retenue en prison, son père dans ses rêves. Il avait imaginé que Danton n’avait pas été exécuté mais exilé sur cette île où avec J.L.G. il parlait de révolution pendant que Rose faisait tourner la tête du cinéaste. On l’avait croisée, romaine et entichée d’un brillant universitaire, en Italie où son père était venu enquêter sur les photos secrètes d’une Ava Gardner de feu (Les Nuits d’Ava). Enfin, dans Pourtant ils existent où s’exhumait une histoire familiale non dépourvue d’ombres, elle accompagnait sa mère à sa dernière demeure. Dans chaque roman il était question d’îles, de Chalonnes à Ibiza, et c’est sans surprise qu’on retrouve Rose, quinquagénaire sans enfant ni mari, arpentant les plages de l’île d’Elbe, sur les traces de son père défunt, de ses premières amours transformées en pâles souvenirs. C’est une errance entre terre et mer, mer et ciel, une manière d’arpenter la mémoire, de poser sur le sable la trace d’un passage qui s’effacera.
Fait de trois parties, le roman concentre l’essentiel de l’intrigue dans la partie centrale, la plus étendue. On y voit Rose faire la rencontre d’un étrange détective alors qu’elle est venue à Belle-Île en quête des traces du cinéaste Jean Epstein, réalisateur notamment de Finis Terrae qui raconte une tragédie sur l’îlot de Bannec où quatre hommes brûlent du goémon pour en faire des pains de soude. Rose a envisagé un temps de proposer une projection de ce film, non pas sur un écran, mais sur la fumée de goémon que l’on brûlerait pour l’occasion. Manière de rendre fantomatiques des personnages de film tout en replaçant dans la réalité et le présent ce qui appartient à la fiction et au passé. Projet très frogérien, le poète et romancier étant aussi un artiste obsédé par ce qui apparaît en disparaissant.
Le détective a un nom de personnage : Florent Talva est venu sur l’île à la recherche de deux bobines du film inachevé La Fleur de l’âge signé Marcel Carné sur un scénario de Jacques Prévert avec Arletty qui s’était installée à Belle-Île après l’avoir découverte durant ce tournage maudit. Si Talva mène l’enquête mollement, il préfère accompagner à bicyclette la belle Rose, dont les jambes à nouveau éclairent l’île bretonne. Le roman prend alors des couleurs très variées (à l’image peut-être des paysages insulaires aux changements de saisons), l’humour s’invite avec un Florent Talva burlesque et maladroit, l’intrigue convoque d’étranges personnages secondaires, dont une ancienne actrice porno devenue antiquaire et un juge qui signe sous pseudonyme des polars dont le héros récurrent se nomme Roland Calva et qui enquête sur des histoires anciennes autant qu’insulaires et bretonnes. Le lecteur sait dès lors qu’il entre dans une sorte de labyrinthe narratif où les apparences peuvent être trompeuses, où tout ce qui s’agite sous ses yeux masque ce qu’il ne voit pas. Rose, dans ces carnets écrira d’ailleurs : « Epstein pense que connaître consiste à imaginer comment une chose est aussi ce qu’elle ne paraît pas. »
Le roman se clôt à Chalonnes, l’origine du monde romanesque de Thierry Froger, et après une ultime partie, aussi courte que d’une beauté foudroyante, le lecteur reste interdit avec le sentiment d’avoir, peut-être, rêvé.

T. G.

Rose à la mer, de Thierry Froger
Actes Sud, 228 pages, 21

L’archipel des ombres Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°262
4,50