La rédaction Thierry Guichard
Articles
La vie qu'on n'a pas eue
Roman crépusculaire de l’exil et du renoncement, le nouveau livre de l’Espagnol Antonio Muñoz Molina déploie une langue élégante et sensible, propre à dire l’âme humaine.
Gabriel Aristu est un septuagénaire élégant et strict, madrilène devenu américain et parvenu au terme d’une carrière exemplaire dans la banque, le droit et l’économie à réaliser le rêve de son père : échapper à l’Espagne, réussir dans le monde, offrir à ses enfants et sa femme le confort et la sécurité. Une réussite qui nécessita de renoncer un demi-siècle plus tôt à son grand amour, aux bras d’Adriana Zuber qui n’eut qu’une nuit pour l’arracher au déterminisme paternel. Cette nuit, cinquante ans plus tard, vient hanter les rêves de Gabriel. Plus encore depuis que son ami, espagnol aussi...
L’art de l’ellipse
Le premier roman traduit en français du romancier et dramaturge Adam Rapp dresse le portrait d’une Amérique hantée par les démons qu’elle a engendrés. Glaçant et fort.
L’histoire débute le plus banalement possible en 1951 dans un diner d’Elmira dans l’État de New York. Sur sa banquette la jeune Myra Lee, après la messe, dévore loin du regard inquisiteur de sa mère le livre qui fait rêver l’adolescente : L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger qui vient de paraître. Péché véniel que cette lecture pour une enfant de croyants très pratiquants. Elle est abordée,...
Transfuge à rebours
En questionnant l’enfant qu’il fut lorsqu’il écrivit son premier livre, Camille de Toledo retrouve une colère à laquelle il ajoute beaucoup de douceur. Pour aiguiser la pensée.
En 2002 paraissait le premier livre signé Camille de Toledo. Archimondain, jolipunk (Calmann-Lévy) était un essai sous-titré « Confessions d’un jeune homme à contretemps ». Près d’un quart de siècle plus tard, l’écrivain revient sur ce qui le conduisit à écrire ce livre. Il lit et annote les textes de ses carnets, s’interroge autant sur l’enfant qu’il fut que sur le siècle sur lequel son...
Soigner les âmes
Le premier roman de Maxime Rossi suit la journée d’un infirmier libéral dans sa tournée au cœur des paysages de l’Ardèche. Et d’une humanité lumineuse.
Le narrateur de La Tournée emprunte plus d’un trait à son auteur, et aussi son passé, sur lequel il revient par touches légères, celui d’un libraire féru de littérature et d’un gérant de café qui fit de son estaminet le lieu de vie et de rencontres de marginaux, âmes ballottées par la vie, qu’il retrouve aujourd’hui dans sa tournée d’infirmier libéral. On le suit dès potron-minet, dans sa...
Le Palace des grimaces
Polyphonie qui réunit en un palace une humanité dépareillée, le nouveau roman d’Arno Bertina réalise une prouesse : rendre l’intime universel. Et nous touche au cœur.
C’est une allégorie que cet endroit. Le creuset idéal pour y jeter ce qui fait le monde : le désir des hommes et leur bêtise, la folie des femmes et leur ivresse, les dominants et les asservis, les corps meurtris et la beauté glacée des magazines, et par-dessus tout ça, un plafond de verre où tous, hommes et femmes, l’enfant en eux, se cognent. Pourtant ce lieu existe, Arno Bertina en a...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





