Le nu est-il toujours érotique, suscitant le désir ? Aussi sa représentation a-t-elle quelque chose de transgressif, même si l’état de nature d’Adam et Eve est censé relever du sacré. Il l’est plus encore, lorsque les femmes elles-mêmes s’avisent de peindre les corps sans voiles, alors qu’une chape patriarcale croit devoir interdire une telle pratique.
Au rebours du préjugé, « le nu représenté par les femmes artistes » – pour reprendre le sous-titre de ce volume – est loin d’être une rareté absolue. La couverture, ayant choisi une discrète silhouette sépia, aux fesses cependant charmantes, ne donne qu’une faible idée de la richesse des peintures ici offertes, des photographies, installations et autres performances, ce pour la période contemporaine. Dès le Moyen Âge, avec les enluminures d’Hildegarde de Bingen, soit vers l’an 1220, le corps nu est une œuvre divine. Les XXe et XXIe siècles sont évidemment plus abondants, voire provocateurs, en un féminisme qui associe le « Black naked », le « vagin étendard », le « pénis domestiqué » et « l’homme odalisque ». L’on dit son désir, l’on interroge le genre, l’on vante les « sexualités fluides ». Ainsi depuis les nudités mythologiques de l’âge baroque jusqu’aux Fillettes en forme de phallus conçues par Louise Bourgeois, un vaste et édifiant panorama se dévoile.
À la question « Pourquoi si peu de nus peints par les femmes dans les musées ? », l’historienne de l’art Camille Morineau répond brillamment en forme de démenti : il suffisait de les découvrir. Reste qu’au-delà d’une vaine correction infligée à la muséalité masculine la meilleure réside dans la créativité ancienne, présente et à venir de ces dames…
Thierry Guinhut
Oser le nu, de Camille
Morineau
Flammarion,
232 pages, 39 €
Textes & images
avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262
| par
Thierry Guinhut
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°262
, avril 2025.
