La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Revue Après l’âge sombre

février 2025 | Le Matricule des Anges n°260 | par Richard Blin

Une nouvelle venue, Kali Yuga, pour voir au-delà.

Kali Yuga N°1

Sous une superbe couverture signée Enki Bilal, Kali Yuga est un coup de folie éditoriale, une nouvelle revue (annuelle) qui ressuscite l’esprit et la démesure de Caravanes, la revue qui, avec Jean-Pierre Sicre comme maître d’œuvre et André Velter comme directeur, proposa chaque année, de 1989 à 2003, un tour du monde sans cesse réorienté, détroussant les lointains et déréglant les boussoles. Deux décennies plus tard, défiant l’impossible, Sophie Nauleau et André Velter se lancent à nouveau dans l’aventure en fondant « par défi & plaisir » les Éditions Hardies et en éditant Kali Yuga, une revue « pour passer en revue la fin du monde ». C’est qu’en nos temps de désarroi, de mauvais absolus, de désinhibition généralisée et de devenir-monstre de notre monde, il était temps de réagir et surtout d’agir, non pas pour céder à quelque épuisement ou déploration, mais pour préserver un certain esprit guerrier et « pour multiplier les itinéraires de création et de survie ». D’où son titre qui fait référence à l’actuel quatrième cycle de la cosmologie hindoue, le Kali Yuga, qui correspond à un âge de querelles, de conflits, de ténèbres sans bonté ni vertu, un cycle qui aurait commencé en 3606 avant notre ère et dont le début de crépuscule daterait de 1939 après J.-C.
Kali Yuga donc « parce que la diversité des signes et des voix doit s’affranchir de la meurtrière pensée unique. Parce que la complexité du réel est une fête et qu’il importe de préserver l’énergie du chaos. Parce qu’il ne s’agit pas d’aller au plus simple mais au loin, au plus haut. Parce qu’il convient d’écrire sur-vivre avec ce trait qui porte la vie au-dessus.  »
Au sommaire de cette première livraison, 27 textes, tous inédits, provenant du monde entier (Inde, Mexique, Grèce, Italie, Bulgarie, Japon, États-Unis, Corée) et n’obéissant à aucune esthétique dominante ni à aucun esprit de clan, et complétés par deux portfolios, – huit créations originales d’Enki Bilal et huit photographies, L’Inde en noir et blanc, de Raghu Rai. Récits, poèmes, nouvelles, fragments, essais, photographies, dessins évoquent, chacun à leur façon, les pulsations conflictuelles partout à l’œuvre en cet âge des ténèbres mais aussi la part d’affirmation ou de révélation qui les accompagne. C’est ainsi que Pascal Quignard nous fait partager l’éloquence du noir, qu’Edith Bruck s’attache au secret miroitant des choses qui ont survécu à l’horreur, qu’Elisa Diaz Castelo raconte « la douleur daltonienne », « l’os / mal conjugué » de son épine dorsale, que Ch’on Myônggwan dénonce la tyrannie du travail et de l’obéissance, qu’Adonis cherche le futur que l’on appelle humanité là où Franz Bartelt cherche les chemins où perdre la tête. Atiq Rahimi, lui, explique pourquoi il n’y a que le délire pour comprendre ce monde délirant ; Ludovic Janvier psalmodie une danse des adieux là où Michel Houellebecq nous détaille, en vers, et une dernière fois juste avant l’apothéose du néant, la beauté qui s’enfuit. Et si Luis Felipi Fabre cherche à dire sans la dire la sodomie en Nouvelle-Espagne, Zéno Bianu et André Velter célèbrent, eux, les deux fonctions suprêmes que sont la création et la destruction. Impossible de les citer tous, mais chez tous il y a de l’inapaisé et du courage, du panache, de l’imprévisible et quelque chose d’un frisson nouveau. C’est dire tout l’intérêt de cette revue tout en « terrible beauté » et rareté révélante.

Richard Blin

Kali Yuga N°1, Éditions Hardies,
496 pages, 39

Après l’âge sombre Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°260 , février 2025.
LMDA papier n°260
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°260
4,50