La rédaction Sophie Deltin
Articles
Promesse subversive
Le regard d’insouciance miné par la révolte d’Irmgard Keun, écrivaine allemande à succès des années trente, méconnue en France.
Dans Quand je serai grande, la narratrice, une enfant pétillante à l’imagination insatiable, accumule les bêtises et les infractions à l’ordre petit-bourgeois dont au fil des jours, elle démasque, mine de rien, les cécités et les lâchetés d’adultes. Dans cette chronique bien ancrée dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale, à travers laquelle on peut déjà déceler les signes insidieux d’une société encline au conformisme et à l’inertie de la pensée, terrain idéal de tous les totalitarismes, la petite fille se heurte en premier lieu au moralisme hypocrite et misogyne de sa...
Des livres
La Leçon d’allemand
de
Siegfried Lenz
Une minute de silence
de
Siegfried Lenz
Couleurs de l’effroi
Au nouvel opus de Siegfried Lenz, on préférera la réédition de son grand roman qui soulève la question du devoir au temps du nazisme.
Nous sommes en 1943, à l’embouchure de l’Elbe, dans un hameau à l’extrême nord de l’Allemagne, non loin de la frontière danoise. Le peintre Max Ludwig Nansen reçoit de Berlin, en plein régime nazi, une interdiction de peindre. Le brigadier de police locale, Jens Ole Jepsen, responsable du poste de Rugbüll, est chargé non seulement de la lui transmettre mais aussi de veiller à ce que...
Un livre
Midi, soir et matin
de
Alois Hotschnig
À vous de voir
Neuf nouvelles énigmatiques d’Alois Hotschnig ou l’art de décaler notre façon de regarder pour mieux nous égarer au-delà des miroirs.
Servi par un style laconique, adroit et précis, tout l’art de Hotschnig tient à sa façon de solliciter des situations concrètes du quotidien, apparemment familières et inoffensives, mais qui dérapent vite dans l’abîme de l’irrationnel, de l’absurde. Le fantastique le plus perturbant est à notre porte, semble nous dire l’écrivain né en 1959 en Autriche, et il y a fort à parier que plus il est...
Un auteur
Tromper le vide
Moins figurant que spectateur de l’existence, le héros ordinaire de Matthias Zschokke passe son temps à essayer de faire passer le temps.
Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un destin. Maurice, écrivain public en mal de clients, se trouve insignifiant, terne, inintéressant. Il vivote sans élan dans le quartier nord-est de Berlin, repaire délabré de tous les cabossés et autres spécimens du malheur de l’existence, et quand ce solitaire paresseux ne passe pas son temps boulonné à son bureau, à ne rien faire, il pioche des...
Un livre
L' Ombre du corps du cocher
de
Peter Weiss
Incisions du réel
Un des premiers textes de Peter Weiss (1916-1982), remarquable de précision visuelle pour dire la brutalité d’un monde en ruine.
Le narrateur anonyme de L’Ombre du corps du cocher (1959) nous contraint à regarder le monde d’une manière étrange, physique, parfois insoutenable, de bout en bout perturbante. La singularité de ce « personnage témoin », selon l’expression de G.A. Goldschmidt dans sa lumineuse préface, est, en somme, de ne rien prendre comme allant de soi, et à partir de cette posture initiale, c’est bien...


