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Histoire littéraire Mobilis in mobile

juillet 2026 | Le Matricule des Anges n°275 | par Jérôme Delclos

1580-1581, Montaigne tient le journal de son voyage qu’il entreprit en Italie via l’Allemagne. La vive, la belle dynamique du « branle ».

Ce cavalier français qui partit d’un si bon pas » : le mot de Péguy sur le jeune et fougueux Descartes pourrait aussi bien s’appliquer à Montaigne (1533-1592) déjà âgé pour l’époque, tourmenté par la « maladie de la pierre », et qui une quinzaine d’années avant la naissance de l’auteur du Discours de la méthode accomplit un voyage de 17 mois et 8 jours. En France, Allemagne, Suisse, Autriche, Italie puis, de là, les Alpes et le retour à Bordeaux. Par quel véhicule ? « Le cul sur la selle », dit Franck Lestringant dans son « Mobile Montaigne », dense essai de 135 pages en introduction de cette toute neuve édition du Journal de voyage.
C’est que Montaigne est réputé avoir passé plus de temps à cheval qu’à sa table d’écrivain. Au point d’en parler souvent, dans ou hors du chapitre des Essais « Des destriers », qu’il n’est pas mauvais de lire ou relire avant d’emboîter le pas au grand Montaigne, petit de taille sur sa petite monture comme il s’est plaisamment dépeint lui-même. « Je ne démonte pas volontiers quand je suis à cheval, car c’est l’assiette en laquelle je me trouve le mieux, et sain et malade. Platon la recommande pour la santé ; aussi dit Pline qu’elle est salutaire à l’estomac et aux jointures. » Montaigne approche les 50 ans quand en septembre 1580 il entreprend avec un secrétaire et quelques intimes ce long voyage. Et, selon les jours et les heures, autant sain que malade : calculs rénaux, coliques néphrétiques qui lui sont trop souvent un martyre, ce dont témoigne assez le diariste. « Pline [encore lui !] dit qu’il n’y a que trois sortes de maladie, pour lesquelles éviter on ait droit de se tuer. La plus âpre de toutes, c’est la pierre à la vessie, quand l’urine en est retenue. »
D’où un circuit de cures pour y prendre les eaux, à quoi s’ajouteront pays dépaysants, villes belles ou laides, rencontres de hasard, un vœu à accomplir à Notre-Dame-de-Lorette, une possible mission diplomatique à Venise, etc. Ce sont, note Lestringant, de multiples motivations qui mettent – Jean Starobinski en fit le titre d’un livre – « Montaigne en mouvement » pour un périple qui se serait prolongé encore à l’est ou au nord de l’Italie si le Bordelais n’avait, à son grand dam, été élu maire de sa ville par ses notables. Mais surtout, le secrétaire dixit, il s’agit pour lui d’« amuser le mal » : s’en divertir au sens que Pascal donnera au « divertissement ». L’auteur des Essais le dit à sa façon : « Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages « que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche » ».
Trois parties. La première, du château aquitain jusqu’à Rome via Paris, l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, puis le nord-est de l’Italie, est rédigée par le secrétaire anonyme qui relate le voyage de « Monsieur de Montaigne ». À compter de février 1581 en Italie, la seconde partie, en première personne, est de la main de Montaigne, comme la dernière mais qui s’en distingue parce qu’en italien :...

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