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Domaine étranger Tout au bout de la mer de Lalla Romano

juillet 2026 | Le Matricule des Anges n°275 | par Franck Mannoni

Tout au bout de la mer

Graziella « Lalla » Romano (1906-2001) est une figure incontournable de la vie intellectuelle et artistique italienne. Poète, écrivaine, traductrice, peintre, engagée dans la Résistance au fascisme, elle a évolué auprès des grands noms de la littérature transalpine (Natalia Ginzburg, Primo Levi, Elsa Morante notamment). Tout au bout de la mer, publié pour la première fois en 1987 après la mort de son mari, illustre bien l’univers à la fois paisible et puissant de l’auteure. Simplicité dans le ton, tranquillité dans le rythme : ces partis pris de création instaurent une complicité immédiate avec le lecteur. Lalla Romano évoque sa rencontre avec Innocenzo Monti, leur amour naissant, leur vie quotidienne où l’art a sa place, puis la maladie et la mort de l’être cher. Il ne s’agit pas d’un récit à proprement parler, mais plutôt de tableaux très courts. « Pour moi, écrire a toujours été saisir, dans le lieu dense et complexe de la vie, quelques images, dans le bruit du monde, quelques notes ; et les entourer de silence », résume Lalla Romano. Chercher sans cesse à décrire au plus juste les sentiments et les idées la conduit à puiser dans d’autres univers pour affiner ses descriptions. D’où les nombreuses références aux écrivains : D.H Lawrence, Joyce, et même les romans d’aventures populaires d’Emilio Salgari. Tous participent à cette quête très intime. Renouant avec ses premières créations (Le Metamorfosi, 1951), Lalla Romano raconte également ses rêves, si précis qu’ils semblent des souvenirs. Elle évoque ses interrogations de jeune femme, marquée par un esprit d’indépendance qui ne l’a jamais quitté : « Je sentais le mariage comme quelque chose de fatal, ou plutôt d’abyssal, une espèce de mort ». Tous ces courts chapitres liés illustrent à merveille l’admiration lucide de Lalla pour Innocenzo. Clin d’œil au destin, l’auteure cite Minima Mortalia, un recueil de pensées qu’elle a composé puis perdu. Miraculeusement retrouvé, il figure en bonne place en fin d’ouvrage.

Franck Mannoni

Traduit de l’italien par Jacqueline Risset, La Croisée, 256 pages, 21

Tout au bout de la mer de Lalla Romano Par Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°275 , juillet 2026.
LMDA papier n°275
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LMDA PDF n°275
4,50