L’enfance dans notre monde déboussolé d’adultes est-elle en danger, un peu comme la planète ? Avec Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué (Seuil, 1981), Howard Buten (1950-2025), spécialiste de l’autisme, clown, écrivain, avait surpris, lancé un signal d’alarme. Mattis Savard-Verhoeven, comédien vivant à Montréal, né en 1995 s’en revendique, ainsi que de l’influence d’auteurs tels Jean-Luc Lagarce, Rilke, Koltès, Tchekhov, Pessoa et d’autrices incisives, rebelles, au premier rang desquelles Virginia Woolf, bell hooks, Marie-Claire Blais, Catherine Guérard.
Dans ce récit très introspectif, erratique, sans autre ponctuation que des virgules, même pas de point final, Noé, enfant d’une dizaine d’années se pose la question : « Comment on fait pour pas disparaître ? » Après le suicide d’un de ses camarades, le décès de sa grand-mère emportée avec sa maison par une inondation et un exercice simulant une fusillade dans son école, l’enfant fugue, relatant dans un journal, sa fuite, ses introspections, sa révolte, ses culpabilités… Mais avant de disparaître, peut-on être présent dans ce monde, y vivre en être humain ? Noé surprend par sa grande maturité, son extrême lucidité. « Comment on fait pour penser un peu moins aux autres, parfois j’ai l’impression de ressentir tout ce que les gens ressentent tout le temps et tous en même temps, j’ai dit J’ai peur de devenir fou… » À hauteur d’enfance, sur la pointe des pieds, ce premier roman porte un souffle, une singularité, une écriture étonnante et un questionnement essentiel sur le monde que nous laissons… à nos enfants.
Mattis Savard-Verhoeven, avez-vous voulu écrire sur l’enfance pour la retrouver ?
La retrouver. Éviter de la perdre de vue. M’offrir quelques outils pour lui demeurer fidèle. L’enfance est une bonne entrée en matière. Toutes ces choses que je nomme dans le livre auraient continué à me hanter si je n’étais pas allé au bout du projet. J’ai bien essayé de parler d’autres choses, d’aller dans d’autres directions. J’ai voulu abandonner souvent, me disant que ça n’avait rien d’original. Mais tout me ramenait à ça. Comme une obsession. Et le but, ici, n’est pas d’être original, de réinventer quoi que ce soit, mais d’être le plus juste possible, le plus fidèle à cet enfant que j’ai été, comme le dit Pessoa : « L’enfant que j’ai été pleure sur le chemin./ Je l’ai quitté en devenant ce que je suis ;/ Mais aujourd’hui voyant que je ne suis plus rien,/ Je veux aller chercher cet enfant que j’ai fui (…) »
Mais, aborder la gravité de l’enfance, qu’est-ce qui vous y a poussé ?
Je ne saurais parler de l’enfance sans parler de sa gravité. Tout est plus grave lorsqu’on est enfant. En vieillissant, on développe des outils pour se protéger des coups, du monde extérieur. Plus on est privilégié, plus on est en mesure de faire des choix permettant de maintenir, protéger une certaine insouciance. Enfant, on est à la merci des décisions des autres, de nos parents, des...
Entretiens Une arche pour Noé ?
juillet 2026 | Le Matricule des Anges n°275
| par
Dominique Aussenac
Premier roman de l’acteur québécois Mattis Savard-Verhoeven autour de l’enfance, sa place, ses questions, sa gravité. Vif, dérangeant, d’un seul souffle.
Un livre

