Cette histoire d’une enfant qui danse serre le cœur. Elle est entièrement écrite à la deuxième personne. L’autrice, Louise Pommeret, dit « tu » à son personnage. Rose a 10 ans, elle obéit. Elle dit oui à tout, elle souffre, comme on le lui a appris – imposé –, elle sacrifie sa vie à ses cours de danse. On lit les trois premières pages, on a compris tout le livre. On remonte dans le temps. Rose a 6 ans, ses parents font des pieds et des mains pour l’inscrire au conservatoire de Chartres. Plus tard, ils lui font prendre des cours particuliers à Paris. Dans la voiture, jusqu’à la porte d’Orléans, dans les embouteillages, son père est énervé. Il la dépose chez la prof. « À ton cours, tu arrives encore apeurée, éprouvée par une heure de hurlements. Tu es à la barre, et maintenant, une fois ton père parti, c’est la mère Ferretti qui hurle, elle te charge de reproches : toujours mal placée ! Rien n’a progressé ! Ton père hurle, ta prof hurle, le monde des adultes te hurle dessus. Tu es l’hurlée de service. »
Le parcours (les parents ont gagné, Rose quitte sa petite ville, entre à l’école des petits rats, l’Opéra, le graal), la douleur, la violence contre les corps. Tout est là, dès les premières pages. On peut considérer que ce registre uniquement doloriste est pesant. Mais il ne faut pas s’arrêter à cette impression. C’est bien écrit et ça respire la sincérité.
Rose a 13 ans. Elle est en deuxième année à Nanterre, école de danse de l’Opéra. La prof est surnommée le Dragon. Elle explique aux parents qu’il faut que leur fille ne se démonte pas devant l’autorité, qu’elle réussisse à plaire. « Vous savez [dit-elle aux parents] sans vouloir vous choquer, dans ce métier, il faut savoir faire la pute. » Tout un programme pour une gosse de 13 ans, commente l’autrice.
C’est un roman autobiographique, comme annoncé sur le rabat de couverture. Et ni Louise, l’autrice, ni Rose, le personnage, ne sont finalement devenues danseuses pros, après avoir avalé tant de couleuvres. Mais Louise Pommeret signe un beau témoignage romancé, illustré par des encres colorées et vibrantes de Manon Gignoux, à la limite de l’abstraction, très inspirantes.
Anne Kiesel
Le Chemin de fer, 190 pages, 17 €
Domaine français Rose satin de Louise Pommeret
juillet 2026 | Le Matricule des Anges n°275
| par
Anne Kiesel
Un livre
Rose satin de Louise Pommeret
Par
Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°275
, juillet 2026.

