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Domaine français L’alliance de hasards et de destins

octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267 | par Richard Blin

Dans un roman tout en tension, Renaud de Chaumaray donne corps à l’espoir d’échapper à sa propre condition. Au prix de l’écoute de notre part sauvage.

Si vous aimez, comme lecteur, partager le plaisir d’un récit et vivre la vie d’autres fictifs, Quitter la vallée – le deuxième roman de Renaud de Chaumaray, après Mille hivers (Le mot et le reste, 2023, aujourd’hui en Folio) – va vous combler. Tressant trois récits qui gravitent, sans que rien ne le laisse deviner, autour d’un même abîme de temps où s’entrechoquent des durées sans commune mesure, ce roman, riche en aventures émotionnelles, mise sur le corps et la richesse des perceptions. Tout en orchestrant des vies qui s’entrecroisent il rend au réel – entendu au sens de l’impossible-à-détruire – sa texture charnelle et sa marge d’invisible.
Nous sommes au cœur du Périgord, dans la vallée de la Vézère, où Clémence, fuyant la violence d’un homme, a trouvé refuge dans une vieille bâtisse encastrée dans le relief, un gîte situé en zone blanche et se fondant parfaitement dans le paysage. Elle est accompagnée de son jeune fils dont les velléités d’aventure ou plutôt de chercheur de trésor, trouvent pleinement à s’exprimer dans ce lieu isolé. Espérant reconquérir un peu de celle qu’elle avait été avant – « avant l’amour, la folie et les drames » –, elle retrouve un contact spontané avec la nature jusqu’au jour où, pendant qu’elle prenait un bain, son fils disparaît comme par enchantement.
Non loin de là, Fabien, un spéléologue amateur, employé à Lascaux IV, la copie fidèle de la plus célèbre des grottes ornées, rêve de réitérer l’exploit de Marcel Ravidat et de ses trois amis, les inventeurs de ladite grotte. Et voici qu’on lui rapporte, qu’en se déracinant, un vieux hêtre a fait apparaître, sur l’un des flans de la béance qu’il a créée, une étroite faille. Profitant alors de la présence de sa fille, étudiante à Toulouse, venue passer le week-end à la maison, il la convainc de l’accompagner dans l’exploration de cette cavité.
Dans le village voisin, Guilhèm, un jeune paysan dont l’enfance a été conditionnée par la tache écarlate qui recouvre la moitié de son visage, fait la rencontre, un soir de noces, de Marion, une vacancière au charme irrésistible. Lui qui doutait qu’une femme puisse un jour l’aimer, va peu à peu découvrir avec elle tout ce dont il a été privé jusque-là, « lui, le Peau-Rouge, l’effrayant paysan empêtré dans sa vallée ». Et comme elle se met à incarner « une destinée fantasmée », il décide de lui dévoiler les secrets de sa vallée, avec l’espoir que ce qu’elle va découvrir lui donnera l’envie de rester. Mais ce geste qui devait sceller leur complicité va virer au cauchemar.
Dans chacun de ces trois récits, qui sont en relation (invisible au premier abord) d’entrecroisement, d’interpénétration, de devenir mutuel – qui convergent donc sans le savoir –, c’est le dépaysement, porteur de risque mais aussi de chance, qui est l’agent moteur. C’est lui qui guide vers l’inconnu et conduit à une mise à l’épreuve de soi qui est liée au désir d’échapper à sa propre condition. C’est ainsi que chacun des protagonistes va suivre sa boussole intérieure, se mettre en marche, se risquer à l’action, connaître des épisodes d’émerveillement autant que des mésaventures plus ou moins cruciales ou périlleuses.
L’alternance des récits, la discontinuité de la narration, la fragmentation dé-chronologisée et l’agencement rythmique des séquences, créent une tension narrative qui donne au roman une intense puissance d’entraînement. Une tension qu’accroît encore le fait que chaque récit s’ombilique autour d’une part secrète ou d’un non-dit dont la révélation peut être mortifère pour le personnage comme pour le récit. Plus encore, chaque suite d’événements peut se lire, et être vécue, à travers le prisme cynégétique, le modèle de la chasse, qui allie excitation, poursuite, désir, quête, engagement physique, chance et mort. Qui suppose la traversée d’un territoire où se fondent des signes intelligibles – traces, relevés, indices – et de l’inconnaissable. Qui est aussi une façon d’être livré à l’imprévisible.
Un roman donc, qui a à voir avec l’origine et la fin, le jour et l’ombre, la célébration et la déploration, et ce temps troublant et mystérieux qui a précédé l’émergence de l’art et a vu naître les peintures rupestres. C’est dire combien il s’agit d’un livre où le lecteur ne peut que s’abandonner à ce qu’il lit, un subtil entrelacement d’enthousiasme, de stupeur et d’effroi où se mêlent la curiosité de l’enfance et le goût de l’aventure.

Richard Blin

Quitter la vallée,
de Renaud de Chaumaray
Gallimard, 208 pages, 20

L’alliance de hasards et de destins Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°267 , octobre 2025.
LMDA papier n°267
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LMDA PDF n°267
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