Dans les Pyrénées ariégeoises, il est probable qu’une plaque, un jour, accueillera les visiteurs du village de Castillon-en-Couserans, dans la vallée du Biros. S’y lirait « Ici a vécu la romancière Violaine Bérot, éleveuse ». À moins qu’elle ne soit fixée sur le mur d’un bourg situé entre Engomer et Audressein puisqu’elle aura déplacé ses pénates et avec eux les repères. Entière et énergique, Violaine Bérot peut se montrer déterminée, voire farouche quand il s’agit de son habitat. Ultra-rurale elle est, et l’on n’est pas surpris à ce propos de la retrouver au même catalogue des éditions Buchet-Chastel que Marie-Hélène Lafon dont elle partage l’éditrice. Celle-ci, Pascale Gautier, d’abord prosatrice elle-même, a poursuivi une ligne éditoriale sans affèterie ni grand souci des airs du temps successifs. Le prix littéraire le plus conséquent qui lui a été attribué à titre personnel l’a été en 2012 pour la version de poche de son impertinent et délicieux Les Vieilles (Joëlle Losfeld, 2010) dont l’action se déroule dans la commune du Trou où des femmes plus ou moins âgées passent leurs journées paisiblement et avec beaucoup humour. Comme un clin d’œil à la vie littéraire germanopratine, qui ne s’excite qu’au passage du char lourd et lent mais régulier des rentrées successives, Pascale Gautier a misé sur deux écrivaines issues du monde rural dont le succès n’aura rien dû aux gens de la Grande Ville. Marie-Hélène Lafon est du Cantal, Violaine Bérot des Pyrénées. Leur implantation n’est pas rien pour elles. L’indéniable succès de ses deux protégées démontre l’efficacité du système, si l’obstination et le caractère peuvent être qualifiés de système : c’est par lente propagation et promotion organisée par les libraires, bibliothécaires, lectrices et lecteurs de « région » que montèrent d’abord la vague Lafon, puis l’émergente vague Bérot, qui est en train de faire se lever quelques sourcils à Paris.
Originaire de Haute-Bigorre, Violaine Bérot (née en 1967) appartient à un territoire où les villes n’ont évidemment pas avalé tout l’espace : montagnes, forêts, cours d’eau, la vie s’y déroule comme elle l’a toujours fait, mêlant humains et bêtes, espèces vertes et minéraux. Son père, très bon montagnard, est bûcheron dans le parc national des Pyrénées, sa mère s’occupe de jeunes enfants en crèche. Elle est l’aînée d’une fratrie de trois. L’un de ses grands-pères fut berger, il montait les vaches à l’estive de l’Aya, dans la montagne de Bagnères-de-Bigorre. « Cette vie paysanne, je l’ai voulue, je l’aime, je ne l’échangerais contre aucune autre. » Ses premiers grands souvenirs de lecture emballante ne sont pas particulièrement terriens : « Ils étaient cinq, aux carrures terribles, accoudés à boire, dans une sorte de logis sombre qui sentait la saumure et la mer. Le gîte, trop bas pour leurs tailles, s’effilait par un bout, comme l’intérieur d’une grande mouette vidée ; il oscillait faiblement, en rendant une plainte monotone, avec une lenteur de...
Dossier
Violaine Bérot
À l’air libre
Depuis sa prime incursion fictionnelle dans l’esprit d’une jeune fille battante, Violaine Bérot n’a cessé d’explorer l’esprit de ses semblables. Elle y a trouvé souffrances, motivations, émotions, intentions, empathie, toutes choses qui décrivent ses contemporains et leurs brisures. Elle en a composé une polyphonie d’aujourd’hui.

