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Poches L’amour sauve tout… ou presque

octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267 | par Jérôme Delclos

Les hommes et les femmes de Richard Ford se cherchent, se trouvent, se manquent. Dix nouvelles du maître, acides.

Péchés innombrables

Amultitude of sins », « Péchés innombrables » : une référence à l’Épître de Pierre. Dans la traduction Osty et Trinquet du Nouveau Testament : « Avant tout, ayez les uns pour les autres un ardent amour, parce que l’amour couvre une multitude de péchés ». Les dix nouvelles de Ford parues en 2002, dont aucune ne porte le titre du livre, tournent toutes autour de la question de savoir ce que peut l’amour. Et si ça vaut la peine. Ainsi Nancy dans « Charité » : « Ils s’aimaient. Ils se connaissaient intimement. Ils étaient un couple marié plein de bonne volonté. Tout était finalement pardonnable – un lapsus, une tentative ratée de faire l’amour, une conversation qui ne menait nulle part ou qui tournait mal. Mais une question se posait : à quoi aboutissaient réellement ces réserves infinies de tendresse et de respect ? Et à quoi n’aboutissaient-elles pas ? » Nancy peut même pardonner l’aventure de son mari avec Crystal, une « jeune écervelée ». Nancy aime Tom, ne fait pas cas de son adultère (moins que lui, note-t-elle), mais le ver est dans le fruit.
Les hommes et les femmes de Ford sont blancs, hétéros, ils sont écrivains, agents immobiliers, artistes, journalistes en vue. Ils fréquentent les bons hôtels. Ils parlent, se parlent beaucoup, et avec discernement. Urbains et éduqués, comme le narrateur de « Retrouvailles », qui a eu une relation avec Beth, la femme de Mack Bolger, et qui le croisant par hasard dans une gare des années plus tard, ne peut résister à lui adresser la parole. « Si j’avais pu, j’aurais tourné les talons pour m’éloigner et le laisser tranquille. Mais je ne l’ai pas fait ». Il devra endurer la gêne (que dire ?), la honte, et la froideur pleine de réprobation du mari trompé. La fin de la nouvelle acte surtout le remords du narrateur, dont on ne sait pas s’il a trait à ces « retrouvailles » avec l’homme ou à la relation qu’il a eue avec sa femme. Reste l’impression d’un désastre. « Je n’aurais rien dû faire de tout ça. »
Évidemment les femmes sont plus avisées, plus intelligentes, plus aimantes aussi et capables d’engagement, que les hommes qui eux se montrent souvent faibles, puérils, inconséquents, égoïstes, pourquoi pas lâches, et qui s’agissant de ce que les femmes pensent ou veulent ne le perçoivent qu’avec d’épaisses peaux de saucisson sur les mirettes. C’est aussi que chez Ford, ce sont elles qui maîtrisent le langage, savent dire les choses et avec courage. Mais elles ne sont pas comprises, ou mal. D’où des fiascos qui tiennent à peu de chose quand la coupe est pleine. Dans « Dominion », Madeleine la Canadienne qui trompe son mari avec « Henry Rothman, l’avocat américain qui ramasse un paquet de dollars », pourrait bien partir pour de bon avec lui. Mais il n’y comprend rien, ne trouve rien de « gentil » à lui dire pour éviter la rupture, si bien qu’elle lui lâche « Alors, va rejoindre tes compatriotes ». En gros, retourne d’où tu viens, d’où je n’aurais jamais dû te tirer.
C’est ainsi un grain de sable qui met en panne la machine. Dans « Le chiot », Bobby et Sallie sont heureux jusqu’à l’irruption dans leur vie d’un chiot abandonné, qui va pour Bobby être l’occasion d’une remise en question dont il ne sortira pas indemne. Dans « Intimité », le narrateur épie durant quelques nuits une jeune femme, croit-il, qui se déshabille dans l’appartement d’en face, et qui lorsqu’il la croisera dans la rue s’avérera être vieille : un micro-événement déceptif qui marque pour lui, sans qu’il sache trop pourquoi ni comment, ce moment où sa vie entame «  son long cycle de soumission à la force des choses ». Dans « Abîme », c’est ce que dit Frances, que n’entend pas assez Howard, qui précipitera la fin, tragique.
Le livre à sa sortie a été éreinté par la critique new-yorkaise : un miroir trop fidèle de la fameuse réussite américaine ?

Jérôme Delclos

Péchés innombrables, de Richard Ford
Traduit de l’anglais (USA) par Suzanne V. Mayoux, Points, 371 pages, 8,95

L’amour sauve tout… ou presque Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°267 , octobre 2025.
LMDA papier n°267
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