Si nous sommes inévitablement mortels, certains d’entre nous peuvent, grâce aux progrès de la médecine et de la chirurgie, reculer l’âge du trépas. C’est le cas de Vincent Wackenheim, qui dans son récit autobiographique, Touché, greffé, relate sa résurrection, du moins au sens non religieux du terme.
Car diagnostiqué d’un cancer hépatique, il lui faut espérer qu’un donneur sain veuille bien mourir, pour lui confier son foie. L’aventure médicale se concentre parmi les salles de l’hôpital Paul-Brousse, « qui rime avec frousse », où officie à son service une chirurgienne. Pendant dix-sept jours, la solitude, l’« exercice d’humilité », puis la méditation prolifèrent. Qui est le donneur anonyme auquel l’on doit gratitude ? Sinon un « personnage de fiction, un héros de roman ». Au cours de ce voyage dans les aléas de l’existence, « leçon d’anatomie » – non sans rappeler celle de Rembrandt – métaphorique « plomberie » et « cicatrice en L », coexistent avec une bibliothèque mentale, avec Flaubert et Jean-Sébastien Bach ; peut-être au service d’une « meilleure version de toi-même »… Témoignage précieux, le récit au réalisme imparable, et cependant non sans dimension poétique et métaphysique, attise hautement l’intérêt, mais aussi la compassion.
Vincent Wackenheim, qui avait déjà une propension à esthétiser notre dimension morbide – dans Joseph Kasper Sattler ou la tentation de l’os –, prépare un essai sur les danses macabres. En attendant, voici un récit, aussi intime que dansant, grâce à la netteté et la pureté de l’écriture ; une leçon de vie : « l’opportunité m’étant ainsi une nouvelle fois donnée, comme une évidence, une manière d’épiphanie, d’apprécier le monde qui est le nôtre, et de rendre grâce ».
Thierry Guinhut
L’Atelier contemporain, 104 pages, 12 €
Domaine français Touché, greffé de Vincent Wackenheim
janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Touché, greffé de Vincent Wackenheim
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°259
, janvier 2025.

