Le Iain Levison septuagénaire est encore marqué par ses années de galère d’avant son succès, racontées dans Mémoires d’un précaire (Liana Levi, 2007). Dans Un petit boulot (2003), il imaginait un homme devenant tueur à gages parce qu’endetté. Dans cette veine, il met en scène ici un avocat désormais commis d’office depuis que, lanceur d’alerte (c’est le titre en V.O., The Whistleblower), il a ruiné sa carrière : Justin Sykes a trahi son client, une méga-entreprise d’élevage porcin, en publiant le risque lié à son lisier. Il accepte une offre d’emblée suspecte mais alléchante : dispenser aux employées du « Kitties Gentleman’s Club », une boîte de striptease, des conseils juridiques contre 1000 dollars de l’heure. On sait vite qu’il y a un lézard, un plombier leur donne des conseils de bricolage pour le même tarif, idem une toubib ses conseils de santé. L’intrigue est transparente, et l’on sourit à suivre le naïf qui persiste à ne pas la voir. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans la peinture d’une justice au service des riches et des puissants, avec ses juges distribuant les peines au faciès. Ainsi du vieux juge Weaver qui se montre très indulgent avec les jolies dames qui, Sykes les coache, se vêtent en mettant en valeur leurs atouts mammaires. Les dialogues de l’avocat avec les stripteaseuses sont drôles, enlevés, et loin des clichés, les filles se montrant bien différentes à la ville et à la scène. Mais toujours avenantes, insistant pour remercier le conseiller juridique avec une « lap dance ». Lui reste stoïque… comme si l’on avait mis un collier étrangleur au loup de Tex Avery. On se demande où ça va. La chute est sauvée in extremis par un Deus ex machina aussi discret qu’un semi-remorque. Mais si l’on voulait du mystère, on lirait du whodunit en buvant du Ceylan et grignotant des gâteaux secs.
Jérôme Delclos
Les Stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques
d’Iain Levison
Traduit de l’américain par Emmanuelle et Philippe Aronson,
Liana Levi, 237 p., 22 €
Domaine étranger Les Stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques
septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256
| par
Jérôme Delclos
Un livre
Par
Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°256
, septembre 2024.

