Jour après jour, un homme voit sa femme changer de comportement, adopter des attitudes de bête sauvage. Les métamorphoses prennent des directions différentes, ou se manifestent à travers des obsessions et des demandes étranges : refaire un mur où elle glissera des bouts d’elle-même – comme l’ours qui, dans les grottes, a « légué à la mémoire du monde la blancheur de ses os. » Ou encore : « (…) ce soir, elle m’a demandé de l’enfermer dans l’ancien chenil. Elle dit vouloir éprouver concrètement la privation de liberté. (…) Je referme la porte grillagée derrière elle mais je laisse la clef sur le cadenas. Je ne peux pas être le geôlier de ma femme. » Le décor est planté, il l’aime profondément, absolument, et doit en convenir, tout simplement : ils seront désormais trois, voire plus, c’est tout un bestiaire qui est convoqué. Il note sa capacité à se fondre dans le décor, et songe à la seiche « qui, en quelques secondes, se tache ou se colore selon l’endroit où elle se trouve. » Il s’inquiète, pour le convaincre de son « effacement spontané » serait-elle « parvenue à l’artifice postural du lièvre ? » L’homme amoureux, la suit, l’observe mais doute de sa perception. Est-ce que ce n’est pas lui qui la rend animale ? « Ma femme n’a pas besoin de s’arrêter pour distinguer, son regard prend au vol. Ses yeux possèdent la vigilance des affuts. »
Hélène Lanscotte nous fait voyeurs de ces mystères, et nous ouvre la meilleure partie de nous-même, puisqu’avec des récits comme ceux-là nous pénétrons un espace de liberté et sauvagerie qui nous emporte à dos de langue. Elle devient poète-éthologue pour atteindre la perfection dans ses descriptions animalières. Ainsi, le mouvement du lièvre : « Cet évitement du déséquilibre, du vacillement dans le trèfle, du tombé tête la première dans la pâquerette. », ce à quoi la compagne répond par « la puissance de ses jarrets, à sa course, et cet air de défiance tranquille qui donne figure à l’instant. »
Virginie Mailles Viard
Ma femme, cette animale
de Hélène Lanscotte
Cheyne éditeur, 61 pages, 17 €
Poésie Ma femme, cette animale, de Hélène Lanscotte
septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256
| par
Virginie Mailles Viard
Un livre
Ma femme, cette animale, de Hélène Lanscotte
Par
Virginie Mailles Viard
Le Matricule des Anges n°256
, septembre 2024.

