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Domaine français Élargir le monde

septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256 | par Richard Blin

Cartographie intime de lieux chers et de la vie qui circule en eux, Saisons distille les signes du désir d’y habiter.

Une attention particulière à l’endroit de la réalité, une façon d’éprouver l’ici maintenant dans sa simplicité et son halo d’impénétré, un souci du lieu, une manière de s’ouvrir à ce qui est, Claude Dourguin engage son corps et ses passions – celle du voyage, du paysage et de la peinture de paysage – dans l’écriture de chacun de ses livres qui sont autant d’odes à la réalité concrète d’une ville, d’un site, d’une contrée qu’elle rend désirables et secrètement envoûtants.
Dans Saisons, son nouveau livre, elle évoque la façon dont certains lieux élus –cités et terres italiennes, ports et villes, massifs alpins du vieil Saint Empire romain germanique – livrent leur chiffre, leur être intime, à travers la saison qui lui correspond. Comme si chaque lieu déterminait le moment, la période, de sa fréquentation, celle, par exemple, où règne la lumière des jours qui s’infléchissent, un certain état du ciel ou une certaine tenue de l’air. D’où une pratique des lieux dans laquelle l’hédonisme n’a pas sa place, où seules « des exigences intérieures et une façon plus harmonieuse, plus riche aussi d’habiter réclament leur dû ».
Elles appellent, ces villes, des séjours réguliers – on ne les visite pas, on y vit – qui sont comme les différentes étapes d’un vagabondage sans cesse recommencé qui tient autant d’une quête de soi que d’un arpentage amoureux de lieux. Âme et regard alertés, il s’agit d’aller au hasard des découvertes et de l’inspiration, d’y retrouver tel édifice, tel monument ou telles peintures. Ainsi, c’est la fin de l’automne qui convient à Mantoue –une ville qui a nourri bien des songes – comme à Padoue, Vérone, Bologne ou Ferrare. Chacune de ces villes, dont l’échelle favorise le parcours, a son tempo, installe ses propres rituels dictés par ce qui fait son caractère, son rythme et ses plaisirs – rues, marchés, places, cafés, librairies. C’est cette expérience sensible que Claude Dourguin réfléchit et traduit en mots qui disent la substance de ce qui l’ébranle, captent la perfection tranquille des concordances entre couleurs et géométrie, terre et eau, événements musicaux et excellences gastronomiques. Parce que c’est en ces plaisirs que réside le bonheur de ces séjours. Chaque ville libère une influence. « Quelle injonction secrète au plus profond de nous, nous intime avec une force que nous ne songeons pas à récuser, de rejoindre tel lieu ? » Sans doute le besoin de sa présence, nous dit Claude Dourguin, de ce qu’elle offrira à notre rêverie, et puis, sans doute, quelque chose comme « un accroissement de nous-mêmes qui nous agrandira, nous pourvoira ».
D’autres villes appellent l’hiver : Amsterdam, tant sa vertu dominante est celle du privé, du quant à soi domestique, du goût du dedans. « Tout ici dément l’aventure – ce qui est un exploit pour une ville portuaire et une surprise au regard de son passé. » Helsinki, qui est un de ces lieux dont la première rencontre « les fait reconnaître comme siens ». Les contrées de l’Archiduché des neiges aussi, que l’auteur parcourt à skis, « plaisir d’effleurer et le peu de bruit, on va, heureux, par privilège admis au cœur intime du lieu ». Quant au printemps, c’est dans les campagnes toscanes et ombriennes qu’il faut le vivre. Pour sentir au mieux la « justesse de la manière que l’on a de vivre avec le lieu », et pour éprouver la sensation d’entrer dans un tableau de Piero della Francesca.
Chercher l’épreuve et l’expérience des lieux, partir en quête de leur humeur secrète ; les vivre dans l’intimité du corps et du regard comme à travers les échos qu’ils suscitent, voilà ce qui nourrit – au fil d’une écriture qui s’approche de la poésie – les livres de Claude Dourguin. Une œuvre qui relève d’une forme haute de vie comme d’une poétique de l’existence faite d’instants suspendus qui dilatent le présent et d’accointances quasi sensuelles avec tout ce qui concourt à la beauté du monde et à la pratique sensible de la vie.

Richard Blin

Saisons,
de Claude Dourguin
Isolato, 200 pages, 21

Élargir le monde Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°256 , septembre 2024.
LMDA papier n°256
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LMDA PDF n°256
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