La rédaction Richard Blin
Articles
La transmutation du monde en beauté de langue
Loin des commodités du roman courant et de la compulsion moderne au discontinu, la prose romanesque de Jean-Paul Goux fait de la matière de la langue la source même de l’émotion littéraire.
On n’entre pas tout uniment dans l’univers de Jean-Paul Goux, mais il ne faut pas longtemps pour que son écriture agisse et que l’on sente œuvrer la singularité d’un ton, la profondeur d’un éprouvé, la tension d’une voix. Quelqu’un nous parle, s’adresse à nous, sollicite notre écoute, nous subjugue par la force d’entraînement de sa pensée parlée en mouvement. Une voix, portant la présence d’un corps, nous fait partager l’intime d’une réflexion tout intérieure. Tous les livres de Jean-Paul Goux sont ainsi portés par des voix qui alternent, se relayent, mettent en mouvement ce qui les meut...
Le cri des poupées
En des textes à la croisée de l’érotisme et du sacré, Paloma Hermina Hidalgo déconstruit rageusement les liens unissant créatrice et créature, mère et fille, corps et esprit.
Avec Paloma Hermina Hidalgo pas de part muette, dérobée, insaisissable. Son écriture, qui procède par vagues, fugues, ruptures d’intensité, ne cesse de bousculer les représentations des différentes façons d’être femme tout en traquant le diabolique. De ce dernier, elle montre la tenaille, la dimension de possession, à commencer par la façon dont il habite l’ogresque amour d’une mère, qui...
Pierre Jourde, le désir d’absolu
Dans un roman saisissant d’ampleur et de virtuosité, l’écrivain montre ce qu’ont d’irréductible certaines singularités en même temps qu’il en fait des objets de fascination, d’amour, de répulsion. Entre extase noire et sublimité angélique.
Énorme roman très élaboré, livre-monstre où la grâce et la dissonance conjuguent leurs pouvoirs, La Marchande d’oublies est d’abord une architecture sonore, une cathédrale de discours, un livre où deux locuteurs principaux Alastair – le benjamin le plus doué et le plus violent de quatre frères d’une famille de clowns-acrobates de la fin du XIXe siècle – et Thalia, sa jeune sœur, racontent à...
Écrire la préhistoire
Dans un essai sur l’imaginaire qui se déploie dans les fictions préhistoriques, Pierre Schoentjes explore l’évolution de quelques grands thèmes comme la violence, la place des femmes, la mort, le rire et le racisme.
Plonger au cœur du « sombre abîme du temps » (Buffon), voyager dans la Préhistoire entendue ici comme un lieu et non une durée – celle qui va de la naissance du genre Homo, il y a environ 2,8 millions d’années jusqu’à l’invention de l’écriture il y a plus de 5000 ans –, s’enfoncer dans les grottes, s’imaginer homme – ou femme – des cavernes, les suivre dans leurs déplacements au sein d’une...
Le noir reliquaire d’un sillage de feu
Se réappropriant l’histoire malsainte d’un prêtre assassin, Hubert Gonnet a écrit un livre dont la sombre radiance tient autant à ce qui ne peut se dire qu’à la réalité sacrale du sexe féminin.
C’est d’un très long silence qu’est né Le Grand Scandale. Celui que garda lors de son procès, comme en prison, puis lors de sa réclusion dans l’obscurité d’une abbaye du Morbihan, le curé d’Uruffe qui, en décembre 1956 tua sa maîtresse – âgée de 19 ans et enceinte de ses œuvres – d’un coup de révolver avant de l’éventrer à l’aide d’un canif, de tuer le fœtus (âgé de huit mois et donc viable)...





