La rédaction Feya Dervitsiotis
Articles
Un livre
Viens Elie
de
Jonas Sollberger
Nocturne envol
Dans ce magistral premier roman allégorique, un jeune garçon traverse une forêt à la recherche d’un oiseau – et de son identité.
À l’orée de Viens Élie, on reconnaît ses influences norvégiennes. Il y a du Tarjei Vesaas dans le rapport foudroyant à la nature. Il y a du Jon Fosse dans les dialogues monocordes, dans la cartographie réduite à si peu – des champs, une barque, la maison, la forêt –, dans le recours à la répétition comme unité de mesure. Plus loin, lorsqu’il devient clair que la seule errance d’Élie fait le livre, on songe à Mes deux mondes de l’Argentin Sergio Chejfec, récit vertigineux d’une promenade dans un parc, ou encore à la Wanderschaft des Romantiques allemands. Mais très vite ces autres textes...
Faire tomber les écailles
Célébrée par Thomas Bernhard, Ingeborg Bachmann était une figure importante de la littérature d’après-guerre. Réédition de ses pièces radiophoniques – des textes inclassables sur la langue face à l’Histoire.
Chacune de ces quatre pièces radiophoniques, écrites et diffusées entre 1952 et 1958, se situe entre l’essai et la mise en scène d’une lecture. Ingeborg Bachmann y joue plusieurs rôles – « auteur », « narrateur », « speaker », « critique » – pour aborder la vie et l’œuvre de deux écrivains et de deux penseurs, autrichiens et français, du premier XXe siècle. Robert Musil, Ludwig Wittgenstein,...
Tombeau pour soi-même
Le traducteur Olivier Le Lay prête une vie nouvelle à l’énigmatique Mars du Suisse Fritz Zorn, écrit avec la mort en ligne de mire.
Lorsqu’il a une trentaine d’années, Fritz Angst apprend qu’il a un cancer ; il commence à écrire en 1976 et meurt la même année, un jour après qu’on lui a annoncé la publication de son texte. Ce dernier – des « mémoires » selon Gallimard – est certes à la première personne et autobiographique, mais à aucun moment il ne nomme quiconque de son entourage, ni d’autres lieux que la « rive...
L’impossible fin
Les éditions Cambourakis font paraître un livre attendu de l’écrivain hongrois László Krasznahorkai. Présenté comme un achèvement par son auteur, Le Baron Wenckheim est de retour se tient plutôt au bord de l’abîme.
On reconnaît László Krasznahorkai à ses phrases longues et tortueuses, obsessionnelles, qui semblent faites pour égarer celui qui les traverse. À ses images crépusculaires, hallucinées, d’une beauté terrifiante – cadavres de baleine, invasions de camions-citernes, amoncellement d’ordures et masses anonymes affamées de destruction y sont monnaie courante. Sous un ciel hongrois écrasant, des...
Des livres
En éclaireur
de
Yoko Tawada
L' Ange transtibétain
de
Yoko Tawada
Écrire depuis aucun pays
Yoko Tawada signe deux textes de l’étrangeté (l’un en allemand, l’autre en japonais) dont l’opacité et l’exigence ne masquent pas leur éthique de l’altérité.
En éclaireur est une dystopie. Dans un Japon aux frontières fermées et aux langues étrangères bannies, le centenaire Yoshiro rêve aux mots et aux tournures disparues, tandis que la contamination de la terre tue son arrière-petit-fils. L’Ange transtibétain s’apparente à une variation moderniste autour de la fascination d’un jeune homme troublé (il se nomme lui-même « le patient », est parfois...



