La rédaction Feya Dervitsiotis
Articles
Un livre
Viens Elie
de
Jonas Sollberger
Nocturne envol
Dans ce magistral premier roman allégorique, un jeune garçon traverse une forêt à la recherche d’un oiseau – et de son identité.
À l’orée de Viens Élie, on reconnaît ses influences norvégiennes. Il y a du Tarjei Vesaas dans le rapport foudroyant à la nature. Il y a du Jon Fosse dans les dialogues monocordes, dans la cartographie réduite à si peu – des champs, une barque, la maison, la forêt –, dans le recours à la répétition comme unité de mesure. Plus loin, lorsqu’il devient clair que la seule errance d’Élie fait le livre, on songe à Mes deux mondes de l’Argentin Sergio Chejfec, récit vertigineux d’une promenade dans un parc, ou encore à la Wanderschaft des Romantiques allemands. Mais très vite ces autres textes...
Promenons-nous dans les bois
Du Québécois Jacques Benoit, Jos Carbone, une fable anthropologique sur la violence du désir et des lois humaines. Un texte intemporel.
Soit le récit d’une crise unissant trois hommes et deux femmes, seuls habitants humains d’une forêt. Nuits noires, boue, rosée, hauts sapins, quelques clairières, un marécage. Dans pareil décor, où le ciel est à peine visible, où le crissement des aiguilles de sapin assourdit et où les branchages fouettent les visages, il n’y a plus d’époque et l’humanité cède à ce qu’elle a de plus primitif....
Les Sisyphes de la frontière
Les éditions Quidam nous offrent un deuxième livre de l’écrivain grec majeur Sotiris Dimitriou, la voix lapidaire d’une région entaillée, l’Épire, à cheval entre Grèce et Albanie.
En 1993 paraissait en Grèce Heureux soit ton nom (Quidam, 2022), un texte entièrement écrit dans le dialecte épirote que parlait la mère de l’écrivain. Sotiris Dimitriou redonnait ainsi ses lettres de noblesse à une littérature grecque régionaliste, disparue au profit d’une langue standardisée, athénienne. Pour faire entendre cette région frontalière d’où il vient, pour évoquer dans leurs...
Un dernier verre
À travers le récit poignant de la vie et la mort d’un café populaire dans la Vienne des années 1970, Robert Seethaler ressuscite un interstice temporel et social.
Les livres de Robert Seethaler tournent le dos au contemporain. D’un pur réalisme, ils semblent d’un autre temps. Le Tabac Tresniek (2014) et Une vie entière (2015), qui le rendent célèbre dans l’espace germanophone, déroulent avec naturel des vies dans l’Autriche du XXe siècle. L’écriture se coule dans le moule de l’existence pour dessiner, avec douceur et mélancolie, les dimensions d’un...
Portrait de l’écrivain en adolescent tourmenté
Dans son quatrième livre, Max Porter raconte la fugue nocturne d’un garçon, en 1995. Une prose orageuse, qui trouble autant qu’elle exalte.
Un charme mystérieux se dégage des livres de Max Porter. Depuis le très novateur La Douleur porte un costume de plumes (Seuil, 2016), cet ancien éditeur britannique décortique ce sentiment dont il nous fait visiter toutes les chambres. Bouleversants et sombres, ses livres tendent vers une timide mais suffisante lumière, située au bout de la douleur. Le lecteur y est fermement mené jusqu’à la...




