La rédaction Sophie Deltin
Articles
Promesse subversive
Le regard d’insouciance miné par la révolte d’Irmgard Keun, écrivaine allemande à succès des années trente, méconnue en France.
Dans Quand je serai grande, la narratrice, une enfant pétillante à l’imagination insatiable, accumule les bêtises et les infractions à l’ordre petit-bourgeois dont au fil des jours, elle démasque, mine de rien, les cécités et les lâchetés d’adultes. Dans cette chronique bien ancrée dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale, à travers laquelle on peut déjà déceler les signes insidieux d’une société encline au conformisme et à l’inertie de la pensée, terrain idéal de tous les totalitarismes, la petite fille se heurte en premier lieu au moralisme hypocrite et misogyne de sa...
Un livre
Kubik
de
Valentin Kataïev
L’enfance au diapason
Né à Odessa en 1897, Valentin Kataïev assura longtemps sa carrière comme écrivain soviétique. Jusqu’à écrire « Kubik », où avec la liberté pour seul enjeu, il osa débrider son don d’imagination.
Dans ce court récit que Valentin Kataïev présente lui-même non pas comme « un roman ou une nouvelle, ni un essai ni un journal de voyage, mais simplement (comme) un solo pour basson et orchestre », le matériau sonore est bien ce qui met en branle l’écriture, l’irrigue, et lui intime sa coloration fantastique, presque palpable, autant que son rythme, incantatoire et alenti parfois - comme au...
Un livre
Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri
de
Yussef Bazzi
La guerre est mon métier
Dans ce journal de combattant, il ne sera curieusement jamais question ni de convictions ni de fidélité à une cause, politique ou religieuse. Yussef Bazzi, né à Beyrouth en 1967, a à peine 14 ans lorsqu’il s’enrôle comme soldat dans une milice prosyrienne au cœur de la guerre civile du Liban (1975-1990). Pour ce « gosse » obsédé par l’idée d’acquérir le statut d’un « combattant à part...
Un livre
L' Arabe comme un chant secret
de
Leïla Sebbar
La patience de la langue
Leïla Sebbar réarrime le fil de sa mémoire au plus près de ce point perdu que fut la langue de son père. Un livre dédié à tous les enfants nés d’une union mixte.
Il y a quelque chose d’une intranquillité résolue, voire d’un orgueil buté dans le travail de mémoire que Leïla Sebbar, sous forme d’un hommage continué adressé au père, entreprend depuis voilà plus de vingt ans. Pour qui connaît la prose de l’écrivain, singulière dans son dépouillement, sa retenue même, comme dans ce récit si pudique (Je ne parle pas la langue de mon père, Julliard, 2003) ou...
Un livre
Rêveries d’un montreur d’ombres
de
Jean-Michel Palmier
Un homme parmi les ombres
Y a-t-il des passions transparentes ?
Il faudrait peut-être voir à travers les lézardes du corps, les fissures qui nous traversent, pour comprendre ce qui parfois nous fait advenir à une passion comme à une évidence. À cette question, pourquoi sa fascination pour une sensibilité en apparence si anachronique (le Berlin des années 20-30 et l’expressionnisme), Jean-Michel Palmier (1944-1998),...

