La rédaction Martine Laval
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Adieu poulets
Lutte des classes dans une usine d’abattage de volailles, histoires d’amour malmenées et femmes en révolte : c’est À la chaîne d’Eli Cranor, une nouvelle voix américaine. Splendide.
De l’extérieur, l’usine ressemble à une prison, structure en béton, barrières de sécurité, clôture grillagée. Et caméras de surveillance. Clean. À l’intérieur, travaillent à la chaîne, dix heures par jour, sans pause, et six jours sur sept, des femmes et des hommes, quelques Blancs, beaucoup d’immigrés sans papiers, venus d’Équateur, du Laos, de Chine… « Tant de langues réunies en un même lieu alors que personne n’en fait usage. » On hoche la tête, on pointe du doigt. C’est tout. Il y fait cinq degrés pour empêcher la propagation des bactéries. Les ouvriers endurent le froid comme ils...
L’appel de la forêt
Mathias Bonneau est bûcheron. Il raconte son métier. Un récit hypnotique sur les gestes du travail et la beauté de l’effort.
Ce pourrait être l’histoire d’un type qui se bat contre lui-même, contre sa lenteur, sa timidité, sa crainte de la société dévoreuse et qui décide son diplôme d’architecte en poche de fuir le monde de la ville ; ce pourrait être l’histoire d’un fils qui veut faire comme papa sinon mieux, ce père celui « qui réfléchit avec ses mains » ; ou encore, ce pourrait être l’histoire d’une passion,...
Mon père, l’évadé
Céline Bagault marie le deuil à la tendresse, l’écriture à la mélancolie. Un premier texte tout en pudeur et sincérité.
En milieu d’ouvrage, une page presque vide, juste avec ces quelques mots : « Je ne suis pas en deuil. J’ai du chagrin. » (Roland Barthes, Journal de deuil). Peut-être que ce premier roman en forme de récit tout en finesse et pudeur est un texte de deuil. Peut-être. On pose le manuscrit, ou l’on referme la porte, et l’on s’en va, continuer sa vie. Il est assurément une histoire sur le chagrin,...
Il faut lire le soldat Brian
Brian Turner raconte ses sept années dans l’armée américaine à ferrailler avec la guerre, à ferrailler avec les mots. Ma vie est un pays étranger est un récit aussi poétique que surprenant.
Quand on lui demande, et c’est souvent, « Alors, t’en as tué combien ? », il répond, sans ciller, les yeux rivés sur son interlocuteur : « Un million deux cent mille », bilan plus ou moins officiel de morts lors de la guerre en Irak. Le sergent Brian Turner endosse la totalité des victimes – impossible pour lui de faire autrement. Quand on lui demande aussi pourquoi il s’est engagé en 2003,...
Corps à corps
Dans un huis clos fascinant, Bérénice Pichat met en scène un estropié de la Grande Guerre et une Petite Bonne. Un roman à la narration débridée et poétique.
Tranchées de la Somme, 1916. Soit tu tues, soit tu meures, comme tant d’autres. Lui, Blaise, le musicien, aurait aimé y laisser sa peau. « Il en est revenu/c’est vrai/mais quel retour/Quand il se découvre mutilé/il meurt une deuxième fois/Et ça dure/Et il continue à mourir/Il n’en finit plus d’agoniser/peu à peu/tous les jours/il s’étiole/sans fin ». La Petite Bonne est un roman écrit...





