La rédaction Martine Laval
Articles
Adieu poulets
Lutte des classes dans une usine d’abattage de volailles, histoires d’amour malmenées et femmes en révolte : c’est À la chaîne d’Eli Cranor, une nouvelle voix américaine. Splendide.
De l’extérieur, l’usine ressemble à une prison, structure en béton, barrières de sécurité, clôture grillagée. Et caméras de surveillance. Clean. À l’intérieur, travaillent à la chaîne, dix heures par jour, sans pause, et six jours sur sept, des femmes et des hommes, quelques Blancs, beaucoup d’immigrés sans papiers, venus d’Équateur, du Laos, de Chine… « Tant de langues réunies en un même lieu alors que personne n’en fait usage. » On hoche la tête, on pointe du doigt. C’est tout. Il y fait cinq degrés pour empêcher la propagation des bactéries. Les ouvriers endurent le froid comme ils...
Le goût des autres
Comment « récupérer » sa vie quand on a tout perdu, boulot, enfant, espoir ? Le quatrième roman de l’Américain Richard Krawiec réconcilie avec la littérature enragée.
On leur avait dit de placer leur confiance en Dieu et leur foi dans le syndicat. La bonne blague. Ni l’un ni l’autre n’ont su leur épargner la mouise. Dieu parce qu’il n’existe pas malgré tout son ramdam habituel de folies, d’incantations culpabilisantes. Le syndicat parce qu’il a trahi. Lorsque l’usine a fermé, un seul mot d’ordre : rester calme, empocher le chèque, et voilà. L’usine, ses...
Allez, zoo !
Vies sauvages de Daniel Fohr est une sorte de jardin des délices où bêtes et humains s’emploient à vivre, ou à survivre. Un roman aussi puissant que comique. À l’image de notre monde.
Jour de canicule. Calme plat en ce matin dans le Parc. Tout – vraiment tout – va pourtant s’emballer, déraper, tourbillonner, dans un joyeux maelstrom, une grande pantalonnade hilarante, une folie ou plutôt une histoire de fous comme seuls les humains sont capables d’imaginer – avertissement : les IA n’ont qu’à bien se tenir. Daniel Fohr qui manie la facétie à merveille s’encanaille dans un...
Les délices de Maurice
Réédition de Métrobate, premier roman de l’auteur des Saisons. Entre critique de la bourgeoisie et humour tendre, un roman contre la grisaille.
Il a tout du dandy, du parfait dilettante, un rien précieux, un rien poète. Élégant dans son phrasé comme dans ses gestes. Séducteur et manipulateur de la plus belle espèce. Serait-ce un imposteur ? Il est sans âge, il parle « par images », raconte beaucoup « mais sans jamais qu’on sût rien de lui ». C’est à peine s’il a un nom, quant à son passé, c’est là toute la question. Il est le premier...
Bologne, mio amore
Le Chemin de fer crée une nouvelle collection de romans noirs. Où l’on retrouve le truculent italien Loriano Macchiavelli et son personnage fétiche, le sergent Sarti Antonio.
C’est un type ordinaire qui a toujours l’air d’être dans « le coaltar ». Un peu gris, un peu chiffonné – fatigué. Son chef le houspille sans cesse. Lui, il bougonne et n’en fait qu’à sa tête. Quand il est vraiment préoccupé, il parle tout seul à voix haute. Il a aussi les intestins capricieux, parfois, en plein boum, il doit se réfugier fissa aux petits coins. Il maudit sa ville, Bologne, il...





