La rédaction Martine Laval
Articles
Extravagante, mais pas tant
En douze nouvelles décapantes, l’Argentine Mariana Enriquez flirte avec le fantastique comme pour mieux exorciser l’horreur de notre monde.
On pourrait se rassurer, se dire, et se convaincre, que tout ce que l’on vient de lire – et même de vivre tant cette lecture est à couper le souffle entre fous rires et frayeurs – que tout cela donc, ce n’est que de la fiction, des histoires impossibles, des trucs à l’imaginaire démultiplié, des machins parfois répugnants juste pour nous faire frissonner, nous ficher la trouille, et même parfois nous dégoûter. On pourrait. Mais non. Les histoires impossibles que raconte Mariana Enriquez semblent – ou plutôt sont – plus vraies que vraies, puisées dans sa réalité quotidienne, imprégnées de...
Femme au bord du monde
Grâce aux vents de l’île de Sein qui soulèvent des tempêtes intimes, Michèle Lesbre offre un récit tout en bienveillance. Naufrage(s) ou l’art de l’épure.
Ils s’appelaient Quatre sœurs, Bonne mère, Caprice ou encore Aventurier. Tous, et bien d’autres, ont coulé, engloutis corps et biens, hommes et chaluts, au large d’Ar-Men, ce phare de tous les diables. Michèle Lesbre, en balade un mois d’avril sur l’île de Sein, écrit les noms de ces bateaux comme pour les sauver, un peu, de l’oubli, du « désastre ». Alors qu’avec pudeur elle avoue qu’il...
Le vieil homme et l’amour
Avec sa prose toujours aussi hypnotique, l’écrivain danois Jens Christian Grøndahl défie le temps et le chaos du monde.
Voici l’histoire d’un homme qui se dit « passager clandestin » sur le grand navire de la vie, un « non-survivant parmi les survivants », un homme au bout du chemin, il le sait, nous le savons aussi d’emblée. Respect. Il a 62 ans. La maladie est à l’œuvre. L’homme, appelons-le Jens Christian Grøndahl puisque c’est un jeu auquel se prêtent auteur et narrateur : donner aux personnages de cette...
Semaine sanglante
Budapest, octobre 1956. L’insurrection met la ville à feu et à sang. Réédition de La Cinquième Femme, seul roman policier de Maria Fagyas. Une révélation.
Il est placide et obstiné. Sans réelle ambition professionnelle, volontairement solitaire, las et désabusé, revenu de tout, des gens comme de la politique, un peu intello et grand lecteur, n’accordant sa confiance ni au communisme ni au fascisme. Pas vraiment apolitique, non, plutôt radicalement clairvoyant… Nemetz, inspecteur à la Brigade criminelle de Budapest, s’entête à rester à peu près...
Je m’aime moi non plus
Une femme avoue sa médiocrité et se consume de jalousie. Sous la plume de la jeune norvégienne Agnes Ravatn, l’histoire s’emballe avec un bel humour. Grinçant et revigorant.
Non loin d’Oslo, Skagerrak, un fjord d’une beauté à couper le souffle, s’étire paisiblement. Ici, les gens ont « l’élégance décontractée » et « le bronzage impeccable ». Ils ont aussi des SUV électriques noirs et des maisons de dingue. Bienvenue chez les riches ! Karin, la narratrice, elle, roule dans la camionnette de Kai, son mari menuisier. « Classe moyenne inférieure », ironise-t-elle....





