La rédaction Feya Dervitsiotis
Articles
Un livre
Viens Elie
de
Jonas Sollberger
Nocturne envol
Dans ce magistral premier roman allégorique, un jeune garçon traverse une forêt à la recherche d’un oiseau – et de son identité.
À l’orée de Viens Élie, on reconnaît ses influences norvégiennes. Il y a du Tarjei Vesaas dans le rapport foudroyant à la nature. Il y a du Jon Fosse dans les dialogues monocordes, dans la cartographie réduite à si peu – des champs, une barque, la maison, la forêt –, dans le recours à la répétition comme unité de mesure. Plus loin, lorsqu’il devient clair que la seule errance d’Élie fait le livre, on songe à Mes deux mondes de l’Argentin Sergio Chejfec, récit vertigineux d’une promenade dans un parc, ou encore à la Wanderschaft des Romantiques allemands. Mais très vite ces autres textes...
Le corps neutre
Dans son troisième roman, Catherine Lacey déjoue les déterminismes. Une fable jusqu’au-boutiste sur l’identité et la communauté.
Un être qui fluctue entre homme et femme, dont la peau s’assombrit ou s’éclaircit selon les jours, qui peut avoir l’air d’un enfant comme d’une personne âgée, d’un archange comme d’un domestique, est retrouvé un dimanche, sur un banc, dans l’église de la communauté WASP d’une petite ville américaine. Banc – que l’on baptise ainsi pour pouvoir au moins lui assigner une origine – passe de main...
Un livre
Heureux soit ton nom
de
Sotiris Dimitriou
Généalogie d’une frontière
Dans ce premier roman traduit de l’écrivain grec Sotiris Dimitriou, trois voix restituent la désagrégation de leur communauté par l’Histoire.
Il est connu en Grèce comme un auteur prolifique dont l’originalité se façonne à l’os d’un désespoir radical : touchante et brutale, l’œuvre de Sotiris Dimitriou tord le cou au réalisme pour évoquer le sort des victimes de la modernité. Ses sujets toujours « engagés » ne s’accomplissent pas dans une finalité documentaire mais dans une particularité formelle qui vient remuer l’inconscient...
Le Chant de Shilo de Sébastien Ménestrier
Une jeune femme qui, comme Tirésias, ne se veut ni fille ni garçon, livre le récit de sa vie à Enée fuyant Troie. Sa parole, sur le bateau de ce dernier, est une offrande à celui qui l’a « secourue, tirée de l’île où j’étais démon ». Déguisée en garçon, elle aurait suivi Ulysse jusque dans les âpres combats que nous connaissons. Sur le chemin du retour, un chant de femme entendu sur l’île...
Une Jeanne d’Arc des antipodes
Zulma poursuit la traduction de l’œuvre férocement novatrice d’Antonythasan Jesuthasan. Une reconstitution de l’univers tamoul, sa violence et sa beauté, à travers un portrait de femme.
On connaît son visage depuis la Palme d’or de Jacques Audiard, Dheepan, où il tenait le premier rôle, mais c’est dans ses écrits que l’on entend sa voix et à travers elle, l’histoire de tout un peuple qu’il tire de l’oubli. Exilé en France depuis 1993, Antonythasan Jesuthasan se déplace dans l’espace du roman à sa guise. La Sterne rouge enserre un récit de guerre dans une construction...



