Béatrice Picon-Vallin connaît son Meyerhold sur le bout des doigts. Elle a déjà publié plusieurs livres le concernant, dont Meyerhold les voies de la création théâtrale, prix du meilleur livre sur le théâtre du Syndicat de la critique en 1991. Aujourd’hui elle nous propose une réédition en quatre volumes des œuvres de Meyerhold. Il faudrait d’ailleurs plutôt parler d’une nouvelle édition : une nouvelle traduction, un choix des textes élargi, une copieuse introduction qui nous permet de replacer Meyerhold dans son époque mais aussi de lui redonner sa place dans l’histoire du théâtre contemporain, et un ensemble de notes extrêmement précises. Né en 1874, Vsevolod Meyerhold, russe d’origine allemande, est fusillé en prison en 1940 comme ennemi du peuple, victime des purges staliniennes. Ses dernières paroles seront « Je meurs en communiste ». Car le théâtre de Meyerhold est éminemment politique. Il entend s’adresser à tous les spectateurs, et principalement aux ouvriers. La révolution qu’il propose est concomitante de la grande révolution bolchevique.
Nous sommes au début du XXe siècle. Le monde a commencé son grand bouleversement, et le théâtre va suivre. Sous l’impulsion de Craig, de Copeau, d’Artaud, de Stanislavski, et donc de Meyerhold, il prépare sa grande mue. Mais ce dernier est certainement celui qui va le plus loin dans le bouleversement et la redéfinition du théâtre. Fini le théâtre naturaliste qui voulait représenter la vie sur scène, finis les décors de toiles peintes, le jeu outrancier, les accessoires plus vrais que vrais. « Ce théâtre est devenu tributaire de ses ateliers ; il a voulu que, sur scène, tout soit “comme dans la vie”, et il s’est transformé de ce fait en une boutique d’objets de musée. » Place au théâtre des conventions, un théâtre qui s’appuie sur l’imaginaire du spectateur et le place aux côtés du metteur en scène, de l’acteur et du décorateur comme créateur du spectacle : « Le Théâtre de la Convention élabore des mises en scène où l’imagination du spectateur doit compléter de façon créatrice le dessin des allusions données en scène. »
Mais Meyerhold ne se contentera pas de remplacer un système par un autre. Car l’homme est un chercheur impénitent qui s’intéresse à tout ce qui concerne la scène, de la danse à la pantomime en passant par l’opéra et les marionnettes. Le cinéma le passionne. Lui-même grand acteur, il remet l’acteur au centre du plateau, un acteur libéré du psychologisme. Il est persuadé que ce métier s’apprend et que les acteurs doivent développer leur corps et toutes ses possibilités. Plus de talent inné ou de génie mais du travail. Et ce touche-à-tout n’hésite pas à se remettre lui-même en question. « Comment voulez-vous que je fasse mon autocritique ? Tout mon chemin de créateur a été une autocritique. » Ce premier volume est passionnant. Nous attendons les suivants.
Patrick Gay-Bellile
Écrits sur le théâtre, tome 1 : 1891-1917, de Vsevolod Meyerhold
Traduction, introduction et notes de
Béatrice Picon-Vallin, Deuxième Époque, 592 pages, 30 €
Théâtre Meyerhold, le retour
novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268
| par
Patrick Gay Bellile
Nouvelle édition, revue et élargie, des écrits de l’un des pionniers du théâtre moderne.
Un livre
Meyerhold, le retour
Par
Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°268
, novembre 2025.

