L’Ultime Héritage est un monologue, qui démarre comme un stand-up, où durant les treize premières pages, l’auteur raconte une virée en bus vers le centre de Bologne pour y faire du lèche-vitrine. Il digresse, mime, reprend son histoire, la raconte de plus en plus vite, c’est un peu long, presque anecdotique, quand soudain il nous indique que son téléphone se met à sonner, il voit que c’est sa mère qui appelle, il n’a pas très envie de répondre, décroche tout de même pour entendre sa mère lui répéter au bout du fil : « Ton père ne va pas bien ! » Tout se fige, bascule, une seule idée en tête, se rendre au plus vite au chevet du père. Nous sommes en même temps dans la tête du narrateur, avec ses pensées en boucle, la peur qui monte et au cœur des actions qu’il réalise pour arriver au plus vite à Brindisi chez ses parents. Il va alors partager les derniers instants de son père. Nous plongeons au plus près de son désarroi, de la difficulté de trouver les mots, juste dire merci, je t’aime, tenir une main. Et assister avec le narrateur au moment où la mort s’empare du corps, voir le dernier regard que s’échangent les parents, entendre les derniers mots prononcés par le père. Et comment tout ensuite s’enchaîne de manière implacable, la toilette mortuaire, la venue du prêtre, la veillée funèbre, les souvenirs échangés, les fous rires malgré la mort. Le personnage-auteur a une faconde intarissable, tout est rapporté avec humour et tendresse. La langue est d’une grande simplicité. Et cette simplicité au bout du compte nous touche, l’auteur ne fait plus le malin à partir de ce fameux coup de téléphone, il nous raconte quelque chose d’universel, la disparition d’un proche, et comment dans ces moments-là on quitte la banalité du quotidien, pour plonger dans l’inconnu, la perte, et paradoxalement retrouver un sens plus profond au temps présent et célébrer la chance d’être vivant.
L. Cazaux
L’Ultime Héritage, d’Oscar de Summa
Traduit de l’italien par Federica Martucci, Asmodée Edern éditions, 54 pages, 16 €
Théâtre L' Ultime Héritage
septembre 2025 | Le Matricule des Anges n°266
| par
Laurence Cazaux
Un livre
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°266
, septembre 2025.

