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Domaine étranger Le joss du commerce

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Éric Dussert

Roman de l’Australien James Clavell, Taï-Pan raconte l’installation des Anglais sur l’îlot de Hong Kong et les débuts de la guerre de l’opium.

Dans la tradition des grandes fresques de l’été, les éditions Callidor apportent aux lecteurs la grande fresque de l’été. Une grande machine comme on aime à les lire lorsqu’on a du temps : un auteur confirmé du siècle dernier, deux volumes équipés de magnifiques couvertures, un mot mystérieux et pas mal de soubresauts narratifs. Un vrai roman estival signé de la plume de James Clavell (1921-1994), ancien militaire australien devenu auteur à succès et scénariste hollywoodien. On connaît le succès planétaire de son roman Shogun (1975), dont les amateurs de séries télévisuelles se sont régalés (1980, réal. Jerry London) avec Richard Chamberlain dans le rôle du marin américain devenu samouraï. C’est également un roman asiatique que ce Taï-Pan, publié quelques années avant (1966), filmé pour le cinéma par Daryl Duke avec Bryan Brown en 1986 et immédiatement traduit en français par les éditions Stock. James Clavell s’était installé durant trois ans à Hong Kong après avoir vendu un premier scénario à Hollywood où il raconte son expérience de marchand de rats dans le camp de Changi tenu par les Japonais à Singapour où il avait été lui-même fait prisonnier après avoir débarqué le 12 décembre 1941 sous un déluge de feu nippon. Il s’en tira malgré la malaria et la dysenterie et en fit le récit dans Un caïd (1962) – on ne peut s’empêcher de penser aux souvenirs du photographe anglais John Stewart prisonnier au camp de Kwaï (Nicolas Jenson, 2006).
C’est à Hong Kong que débute le roman de Clavell. Une île déserte de quatre-vingts kilomètres carrés de montagnes rocheuses dominant la plus majestueuse rade d’Asie. On est en 1841 et la Couronne anglaise a accepté que la flotte en prenne possession à l’instigation du Taï-Pan, un Écossais du nom de Dirk Struan, « chef suprême » des commerçants anglais à la tête d’une puissante société nommée la « Noble maison ».
Rejetés hors de Canton par l’empereur chinois qui a fait brûler tous les stocks d’opium, les marchands anglais cherchent une nouvelle manière de rafler l’argent, les soies et thés de la Chine, un territoire qui leur reste interdit. Dirk Struan a trouvé avec cette île sans intérêt pour les Chinois un havre pour son négoce. Le trafic bat son plein et les richesses s’accumuleraient à un rythme haletant, n’étaient les avanies de la banque en Angleterre qui manque ruiner le Taï-Pan dont les dettes sont rachetées par son principal ennemi, Brock, une épidémie qui extermine quasiment toute la famille de Struan en Écosse et diverses menées des triades chinoises et des concurrents britanniques mauvais joueurs…
Contrebande, amours interdites, filiation, mystères innervent la future mégalopole. On assiste à l’érection de sa première église, on fréquente les bordels et les bars à matelot, c’est tout un monde d’évasion, pour reprendre une formule consacrée que seuls peuvent se remémorer quelques boomers, compliqué par l’amour, la passion, la tragédie et les tumultes variés du commerce et de la mer. Abnégation, grandeur d’âme, exotisme font aussi partie du voyage de ces écumeurs de la mer de Chine soumis au rythme, au drame, au mouvement conçus pour eux par un romancier de l’action. (On a comparé Clavell à Jean Larteguy, l’écrivain de la Légion étrangère). Descendant d’une ligne de militaires australiens au service de la Couronne anglaise, le propre père de Clavell était un « petit midship » qui patrouillait pour le compte de la Navy sur les eaux sales du Yang-Tsé pour traquer les contrebandiers. Il avait l’habitude de raconter à sa sœur et à lui-même des histoires chipées dans les Mines du roi Salomon d’Henry Rider Haggard transposées en Asie… De quoi frapper une imagination d’enfant. On découvre dans un entretien qu’il accordait à Lartéguy, justement, pour Paris Match le 24 juillet 1987 le secret de son succès littéraire et cinématographique, comme il le revendique pour son « chef suprême » : « Mon seul vrai mérite c’est de croire en ma chance ». Et en chinois, cette chance, c’est le « joss », le mot le plus souvent répété à propos du Taï-Pan…

Éric Dussert

Taï-Pan, de James Clavell, traduit de l’anglais (Australie) par France-Marie Watkins, revue par Ivan Berton et Thierry Fraysse, Callidor, deux volumes, 504 et 457 pages, 24 et 23

Le joss du commerce Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°265 , juillet 2025.
LMDA papier n°265
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LMDA PDF n°265
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