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Textes & images Fritz Lang révélé en images fixes

juin 2025 | Le Matricule des Anges n°264 | par Anne Kiesel

Hypnotique, la bande dessinée Krimi plonge dans la noirceur des années 1930 en Allemagne, quand le cinéaste tournait M le maudit.

Souvent, le meilleur conseil à donner à un futur lecteur ou spectateur, pour lui recommander un livre, un film, une pièce de théâtre, c’est : « Fais-moi confiance, c’est bien, ça va te plaire, je ne t’en dis pas plus, vas-y. » Lui proposer de découvrir une œuvre, en étant vierge de tout résumé, de zapper la quatrième de couverture trop bavarde. Et de ne lire qu’ensuite toutes les choses intelligentes qui ont été écrites à son propos.
Souvent. Mais pas pour Krimi, ce roman graphique exceptionnel. Vraiment, avant de se plonger dans cette lecture, il faut prendre le temps de voir ou de revoir M le maudit, le film de Fritz Lang, sorti en 1931. On le trouve sur YouTube, en VOSTF. On aura beaucoup plus de plaisir à la lecture, en ayant en tête les images et les dialogues de ce long-métrage, le premier parlant du réalisateur autrichien. 
Ici plus que jamais, la BD rejoint le cinéma, dans ce noir et blanc dramatique, traité au fusain et à l’encre par Alex W. Inker (dont c’est la septième bande dessinée chez Sarbacane). Dans les mises en place audacieuses, les axes de prise de vue qui vont jusqu’à la plongée verticale. Dans le découpage, les longs passages sans paroles, très cohérents (qui font référence aux séquences de cinéma muet qui subsistent dans M le maudit, film de transition entre deux époques). Avec ici, en plus, la liberté de cadrage, qui s’étale de la pleine page aux petites vignettes. 
Le scénario, qu’on doit conjointement au dessinateur et à Thibault Vermot, l’auteur notamment du roman fantastique Colorado train, commence par la rencontre entre un inspecteur de police et le cinéaste, en train de tourner La Femme sur la lune, son dernier film muet. Le premier a enquêté, quelques années plus tôt, sur la mort suspecte de la femme du cinéaste. Nous sommes dans l’Allemagne de 1930, à l’époque de l’effondrement de la République de Weimar. Ambiance délétère, crime, prostitution, chairs nues, fraîches ou flasques, quand le récit glisse un œil dans des soirées décadentes. Voilà pour l’ambiance. 
C’est le flic qui demande au cinéaste de réaliser un film inspiré par les crimes de Peter Kürten, tueur en série, surnommé le vampire de Düsseldorf. S’entrecroisent cette fiction, en partie basée sur des faits réels, et des images du tournage, magnifiques sur la pellicule et magnifiées par le fusain du dessinateur. 
Le monocle blanc de Fritz Lang – cinéaste borgne, mais a-t-il vraiment perdu son œil gauche et pourquoi ? Et est-ce lui qui a tué sa première femme ? – le monocle blanc, donc, est comme un trou dans la page, un puits vertigineux de lumière paradoxale dans toute cette noirceur délectable. La délectation vient d’abord, immédiatement, du dessin d’Alex W. Inker, à la fois fluide et grumeleux, réaliste et excessif. Les dents en or qui brillent, dans la bouche d’Adolf Le Muscle (celui-ci non plus n’est pas un enfant de chœur…), les gouttes de sueur des boxeurs, le flou des arrière-plans, la manière de réinterpréter les images du film, tout est renversant. Le plaisir s’amplifie avec la construction du récit, l’irruption de personnages (la gamine qui conseille Lang sur la manière de faire intervenir tel personnage dans le film : magnifique retournement de pouvoir, créativité collective ultracontemporaine). 
Tout cela est d’une folle intelligence. Et les questions qui se posent sur le mal, le pouvoir, le mélange des époques, le rapprochement entre les années 1930 et le monde actuel, avec tous les vertiges que cela suscite, sont explosives.
Il faut aussi souligner la délicatesse du choix, pour les scènes de crimes, d’un contre-jour en ombres chinoises, qui font deviner la violence en la suggérant sans la montrer frontalement (à d’autres moments le lecteur est moins épargné). Ou la malice de doubles planches à lire non pas de gauche à droite mais en escargot, comme un jeu de l’oie, quand il s’agit de deviner quelque chose qui ne sera pas explicité. Ainsi que l’édition, très soignée, avec un dos entoilé et ses caractères dorés marqués à chaud. Dorés comme les dents d’Adolf Le Muscle.

Anne Kiesel

Krimi, de Thibault Vermot et Alex W. Inker
Sarbacane, 280 pages, 35

Fritz Lang révélé en images fixes Par Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°264 , juin 2025.
LMDA papier n°264
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°264
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