Richard Russo, les voix de l'Amérique
On aurait aimé prendre l’avion et débarquer à l’aéroport d’Albany, louer une vieille voiture rouillée et filer voir la bourgade de Gloversville au nord des monts Adirondaks, faire d’abord un écart pour visiter la vallée de la Mohawk et s’arrêter à Helwig Street à Gloversville où Richard Russo vécut son enfance avec sa mère et ses grands-parents maternels comme il le raconte dans Ailleurs. On aurait aimé prendre des cafés lavasses dans les diners au bord des routes qui nous auraient rappelé les grills, restaurants et cafétérias qui peuplent toute l’œuvre du romancier américain. Mais rencontrer Richard Russo, à quelques jours de Noël, n’est pas simple. À 75 ans, le prix Pulitzer 2002 s’apprête à retrouver sa fille à Londres, veut bien répondre aux questions qu’on lui enverra par mails, si possible très rapidement. On se consolera en relisant ses livres d’où toute une Amérique du Nord-Est émerge, dessinée au plus près par un conteur humaniste qui aime faire parler ses personnages le cul posé sur un de ces tabourets de bar qui ornent bon nombre de couvertures de ses ouvrages. L’homme nous aura donc répondu par écrit, un peu comme on est censé boire : avec modération.
Richard Russo, Le Testament de Sully (Somebody’s Fool, 2023) qui paraît aujourd’hui en France est le troisième volet d’une trilogie débutée par Un homme presque parfait dont la traduction française date de 1995 et poursuivie avec À malin, malin et demi (2016). Trente ans d’écriture, ponctués par d’autres livres, d’autres romans. Pourquoi un temps si long ? Et comment pensez-vous que votre écriture a évolué entre le premier et le troisième volet de la trilogie de North Bath ?
Je n’avais pas l’intention d’écrire une suite à Un homme presque parfait. Lorsque j’ai terminé le livre, je pensais en avoir fini avec les personnages. Mais Sully était inspiré de mon père, un homme merveilleusement divertissant qui est mort bien trop tôt, me privant ainsi de sa compagnie. Rétrospectivement, je pense que le premier volume était simplement une tentative de passer plus de temps avec lui. Au cours de la décennie qui s’est écoulée entre le premier et le deuxième livre, je me suis dit que si cela avait fonctionné une fois, cela pourrait se reproduire. L’autre raison de revenir à Sully était que Paul Newman l’avait incarné de façon mémorable dans le film de Robert Benton. J’avais travaillé avec Paul sur plusieurs autres films, et lorsqu’il est mort, j’ai compris qu’un deuxième roman de la trilogie serait un moyen de continuer à dialoguer avec lui. Et tant que j’y étais, pourquoi ne pas inclure Phillip Seymour Hoffman, qui joue Doug Raymer dans le film et qui a également joué un rôle important dans la mini-série Empire Falls. Lorsque j’ai terminé À malin, malin et demi, je savais qu’il y aurait un troisième livre. C’était un bonheur de passer du temps avec tous ces gens.
Vos romans se déroulent en très grande partie dans le nord-est des USA (État de New York, Maine,...

