Jacques Réda, d'une démarche dansante
- Présentation Un lyrisme désenchanteur autant qu’émerveillé
- Entretien Le poète accompli et dansant
- Autre papier Réda le rédac’
- Autre papier Réda for ever
- Autre papier
- Autre papier Le zouave, la garce, l’ange
- Autre papier « Un vrai poète touche au vrai par l’imprévu »
- Autre papier Plaisir à Réda
- Autre papier Poésie en bouteille
- Bibliographie Bibliographie : quelques indispensables
Je me souviens de ma découverte émerveillée, en 1975, de Récitatif. Ces poèmes ont changé ma vie. À l’époque toute une poésie s’enfon-çait dans une stérile et débilitante sécheresse : les dissertations évanescentes à prétention de poésie sur le silence, le blanc, l’impossibilité de la parole ; la dis-persion de quelques mots choisis sur des pages que leur blancheur ne défendait que trop bien semblaient le nec plus ultra de la poésie avancée. Réda enjambait de ses bottes de sept lieues la vallée poétique asséchée, retrouvait ou même inventait un vers au souffle long de quatorze pieds, adapté à sa musculature et à ses poumons, sans du tout se priver d’y déroger au besoin, soit pour se couler dans le dodé-casyllabe qu’il maîtrise avec un naturel confondant, soit pour le porter vers des quantités claudéliennes, ou tout simple-ment se libérer des mètres fixes au profit d’un swing personnel. Il énonçait la notion du « vers mâché » qui, « suivant le parler usuel au nord de la Loire, élimine à la diction la plupart des e muets ». De quoi souvent me troubler, car d’innombrables poèmes de Réda se soumettent à la diction classique, l’octosyllabe, l’alexandrin même, les alternances de vers de 12 et de 14 pieds, des vers encore plus longs semblent ne jamais s’accorder cette licence du vers mâché, et quittent à l’occasion et au besoin le « parler usuel », adoptant de classiques diérèses pour se plier aux normes et contraintes du vers compté. Il le dira explicitement dans L’Adoption du système métrique (2004), multipliant les mètres et les combinaisons avec une préférence marquée pour les mètres pairs (16, 14, 10, 8 et 6 pieds) et de petites excursions dans l’impair (7, 9, 11 et 13 pieds).
Sa virtuosité versificatrice est proba-blement sans égale, soutenue qu’elle est par une verve créatrice d’une inventivité qui n’a jamais faibli. La singulière facilité de son écriture, limpide, élégante, continuelle-ment surprenante, s’épanouissait sur une culture, une érudition immenses, non ostentatoires, comme naturelles.
Des premiers recueils parus dans la collection du « Chemin » aux recueils des années 2000, le grand arc de son invention part du concret, d’un quotidien toujours doucement transfiguré : pour atteindre les poèmes et pages de Démêlés (2008) où les thèmes et motifs initiaux réapparaissent et semblent s’accomplir dans la plénitude de la lumière et une tonalité biblique très sensible.
Les derniers recueils – les cinq volumes de La Physique amusante – en ont désarçonné plus d’un. Ils amplifient ce qui s’était ébauché dans Démêlés, et, dans une forme quasiment épique, rapatrient en poésie l’histoire et les débats de la physique, acclimatant électrons, quarks, protons, photons, bosons, quanta et big-bang aux versets de la Genèse, aux récits et révélations bibliques. De la physique quantique, à l’essence du rythme, Réda médite sur la destinée du vers – avec cette sorte de distance amusée et plaisantine, « le côté volontiers joueur et...

