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Dossier Jacques Réda

novembre 2024 | Le Matricule des Anges n°258

Poète, on ne l’est guère que quelques années dans une vie et, durant ces années, quelques mois ou semaines (je dirais volontiers : minutes) »1. Il faut un certain courage pour parler ainsi, à quarante ans, alors qu’une vocation poétique s’affirme et commence à être reconnue. Le recueil Amen a paru chez Gallimard, il a reçu le prix Max Jacob. Mais sous l’édifice de l’œuvre en construction se creuse une conscience aiguë du manque et du négatif, où la poésie est « plénitude intermittente », dont « celui qui la connaît un peu sait bien qu’elle est dépossession ». Comment dès lors, apprivoiser « l’espace désert » qui s’étend entre les rares minutes où quelque chose est donné, se fraie un passage pour « s’établir fugitivement dans la parole » ? Aucune recette nous dit Réda, ni pour écrire, ni pour passer le temps où « celle qui vient à pas léger » s’est retirée. Un peu plus loin il précise : « En tout cas, peu de secours à espérer des techniques et disciplines qui sont comme la prothèse de l’inspiration : elles me rendent fou ». Étrange aveu, sous la plume de celui qui a rêvé d’une « physique de la poésie », de percer les mystères du mouvement fondamental de la langue, et a eu si souvent recours, dans les recueils de la maturité, au « principe moteur » du système métrique. Était-ce là une manière de remplir le silence, le désert, dans l’attente d’autre chose, de « tout cet autrement essentiel caché sous l’apparence, et qui ne consent plus à surgir où qu’on n’aperçoit plus » ?
Apercevoir, voilà le mot essentiel : dans le mouvement centrifuge où il se sent pris, expulsé de sa propre vie comme d’une maison qui « rejette ses habitants à l’occasion d’un tremblement de terre » (La Tourne), le poète se fait vagabond. Le regard, soutenu par le battement du pas, le ronronnement du Solex, porte alors vers sa « périphérie insaisissable », d’où quelque chose pourrait surgir. On comprend alors ce qui relie le flâneur et le versificateur, deux figures auxquelles Réda a parfois été réduit : une attente inquiète.
À l’heure où, au prix de nombreux malentendus, auteurs et autrices hésitent de moins en moins à revendiquer l’état de poète, et à travers lui une certaine manière de forcer la langue vers ce que chacun croit avoir à dire d’urgent et d’essentiel, la leçon du jeune Réda porte encore : ce qu’on ne sait pas nommer autrement qu’inspiration est bien rare ; la maîtrise d’une forme et d’un rythme, quoique nécessaires, ne font pas un poème. Il faut la rencontre fortuite et toujours un peu miraculeuse des deux pour que le poème, tout en épousant sa cadence propre, témoigne de « ce qui danse et nous échappe » ; ce qui ne se laisse apercevoir que l’espace de quelques minutes en effet, scintillant, fragile et énigmatique – comme la vie.

Anne Dujin

1 Dans « L’intermittent », Cahiers du chemin n°6, avril 1969, repris dans Celle qui vient à pas légers, dont la nouvelle édition est parue en janvier 2023 chez Fata Morgana.
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