Tobias, môme indocile, orphelin de mère, a fui sa énième famille d’adoption. Au hasard de cette fugue ponctuée par un duel avec Javel, un bâtard de chien, Tobias fait la rencontre du Vieux, de Manfred et de Martine, personnages pittoresques qui, en dépit de ses frasques, ne cesseront de croire en lui. Mais comment tracer sa route, trouver sa « Loi », s’en sortir, quand son propre père, après avoir bénéficié d’une liberté conditionnelle, est retrouvé pendu à un cèdre ? Voilà l’une des questions nodales qui hantent le roman d’Olivier Brunhes. Intense et magnétique, La Nuit du chien revêt les atours d’un récit d’initiation intransigeant. Jalonné d’embûches, de tentations, de deuils affectifs, le parcours de Dog (ex-Tobias), petite gouape embourbée, s’apparente à un véritable calvaire. Un calvaire au bout duquel, grâce aux conseils du Vieux, à l’amour inconditionnel de Martine et à l’amitié de Dédé, un libertaire « légèrement timbré », Tobias/Dog trouvera peut-être sa voie, sa Loi.
Une des scènes inaugurales de La Nuit du chien – scène initiatique éprouvante – innerve l’ensemble de votre récit : celle de la fugue de Tobias et de sa lutte à mort avec un chien et une nature hostile, dans une friche abandonnée. Quelle portée métaphorique lui prêtez-vous ?
Le problème, voyez-vous, c’est que vous en savez plus que moi sur cette scène. Moi, je suis dedans jusqu’au cou, mouillé comme un canard dans cette dégueulasserie scintillante. Cette scène, comment dire ? Elle donne le la au roman. Elle place l’exigence minimale pour la suite. On y revient tous, vous, eux, moi. Elle a fondé le roman en lui insufflant une énergie et lui a donné ce caractère initiatique dont vous parlez. L’initiation d’un jeune garçon, ce combat qui commence dès sa naissance. Pour Tobias, ça commence par un sacré feu d’artifice, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je ne sais pas si la pampa hostile, le froid, la neige, la nuit sont métaphoriques, mais à coup sûr ils coïncident avec la naissance de Tobias, devenu Dog, autant que le Sofitel de New York coïncide avec la mort politique de DSK. Je veux dire que je n’ai pas cherché un terrain métaphorique, choisi un cadre pour ce qui poussait à l’intérieur du texte, comme DSK n’a pas choisi le Sofitel pour la scène de sa vie. Le combat dans cette montagne givrée s’est imposé, incandescente, et m’a laissé groggy.
La figure du chien est présente dans votre roman, mais aussi dans vos pièces de théâtre, Spirituo perpet et Rêve d’A. (L’Avant-scène). L’espèce canine vous obséderait-elle ?
Je vous propose d’entamer une psychanalyse et de vous répondre dans une dizaine d’années (rires). Plus sérieusement, en ville comme à la campagne, mon univers est peuplé d’animaux. Il m’arrive de sauter une clôture pour parler à un cheval, d’interpeller une vache, d’ouvrir la fenêtre à un moustique en lui demandant de sortir (rires). Je trouve que, globalement, on n’écoute pas assez les animaux, leur silence. Le chien...
Entretiens Au nom du père
janvier 2012 | Le Matricule des Anges n°129
| par
Jérôme Goude
Au cœur de La Nuit du chien, une fripouille attendrissante tente d’échapper au legs d’une malédiction familiale. Comédien et dramaturge, Olivier Brunhes offre un premier roman sombre et lumineux.
Un livre
