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Entretiens L’écriture à bouche décousue

janvier 2001 | Le Matricule des Anges n°33 | par Dominique Aussenac

Cinq recueils de poèmes, deux pièces de théâtre, publiés ou jouées cette année 2000. Michaël Glück fait entendre une écriture grave pour clamer l’effroi d’un siècle, l’effroi des temps.

De la musique de son écriture, il dit que c’est celle d’une basse. Une basse continue, tendue. Un violoncelle, peut-être baroque, peut-être de Bach et que c’est au lecteur à inventer les mélodies. Il affirme être un rêveur, mais un rêveur inquiet, un rêveur errant. On l’imagine, effaré, au milieu de décombres d’une ville en guerre perpétuelle. Éternel survivant, éternel exilé, éternel témoin qui rend aux mots l’essence des drames anciens, présents et à venir. Au bord du gouffre, il chante une dépossession certaine, l’origine de toutes les tragédies, mais aussi l’émergence de quelques fraternités vibratoires. Pas facile de naître à la fin d’une guerre ! Une guerre où des êtres, au nom de la race, de la pureté, de la religion ont tenté froidement, rationnellement, industriellement d’anéantir d’autres êtres. Pas facile de faire partie du camp des exterminés. Pour vivre, alors, il faut en découdre, en découdre… avec la langue.
« Le travail de la langue : sans cesser la chair malaxée, les os rompus, les mots dits et inouïs, les peaux grattées, écorchées, arrachées. La boucherie, la charcuterie, la triperie, les officines louches et nauséeuses, les arrière-gorges nouées, pulvérulentes, toutes les cérémonies à déchiffrer, à défricher. Et au retour de l’exil l’attente lente très lente d’une autre mort. Le poète témoigne, travaille. »(Cérémonies d’exil, Jacques Brémond 1997) Poète, dramaturge, Michaël Gluck est l’auteur de pièces de théâtre et de plus d’une vingtaine d’ouvrages. Rencontre à l’occasion de la sortie de Le Couteau et de quelques autres…

Vous êtes un rêveur errant ?
Oui, tout à fait. La Ville est mosaïque est un livre sur mes errances. Je dis mon rapport au monde, aux mots, à la ville. J’aime les villes, grandes ou petites. C’est toujours un lieu, un rapport d’observations, d’inquiétudes. Je ne crois pas qu’on puisse être quiet dans une ville. Je ne crois pas d’ailleurs que l’on puisse être quiet d’une manière générale. Je ferai même l’apologie de l’inquiétude, ce n’est pas nécessairement quelque chose de négatif, c’est au contraire une façon constante de se poser à nouveau. Je mettrai en parallèle l’inquiétude avec se re-poser, en tant que poser à nouveau, se déplacer.
Vous donnez l’impression d’être partout un étranger.
Je suis étranger. Chacun d’entre nous est d’une certaine façon l’étranger. Vous m’êtes étranger. C’est dans la mesure où nous sommes étrangers l’un à l’autre que nous pouvons avoir conversation, échange. Si nous étions les mêmes, il n’y aurait rien à se dire. Je ne serais que dans la contemplation de moi-même dans un miroir, vous seriez dans la contemplation de vous-même dans un autre miroir. Il n’y aurait pas d’échange réel, de dialogue. Je crois que l’étrangeté, c’est la nécessité d’être toujours en possibilité de dialogue, en porte ouverte au dialogue. J’aime écouter, aller dans les villes, fréquenter les bars. Même parfois ne pas parler, écouter la parole des autres, écouter ce...

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