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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Bon qu’à ça

    Lmda N°275 Enclin à penser que l’existence est un châtiment, l’ermite chinonais Jean-Pierre Georges distille des textes nourris à ses lectures, à sa solitude assumée. Avec drôlerie, avec tendresse. Faute de mieux.

    Cependant

    Les grincheux trouveront probablement que les livres de Jean-Pierre Georges sont un brin déprimants faisant montre ainsi de leur absence totale d’humour. Certes des assertions comme « L’ennui se soigne par le divertissement et le divertissement par le suicide » troublent le consommateur autant par son évidence que par sa brièveté mais cette implacable sentence peut aussi réjouir par sa...
  • Le Bon Mal

    Domaine étranger Soleils aveugles Avec Le Bon mal, l’argentine Samanta Schweblin déstabilise le lecteur par un art affirmé du décalage et du renversement. Grave, intime et beau. Des anges, il y a ceux qui chantent la vie et ceux qui incarnent la mort avec un côté psychopompe pour guider dans l’au-delà. Les anges battent des ailes et dans leurs battements le réel se transforme, révèle d’autres dimensions. L’étrangeté, c’est quoi ? Le caractère de ce qui est bizarre, surprenant, inhabituel… L’étrangeté panique. Certains la recherchent. Les nouvellistes, depuis Edgar Allan Poe, ont leurs maîtres de l’étrange et leurs...
  • Histoires de Samora Mâchel

    Domaine français Branle-bas de la langue Enfin disponible, l’inédit culte de Pierre Guyotat défie sa propre lisibilité. Musique, pure célébration du rythme. Depuis les années 1980, un livre est légendaire de ne pouvoir être lu : son auteur en parle dans d’autres livres et dans des entretiens, on l’espère, mais il se fait attendre et désirer. L’auteur dit en avoir accouché en neuf mois en 1979-1980, dans une sorte de fièvre où il a failli y laisser sa peau. Mais il le réécrit, le laisse, le reprend, recommence, la chose forme des strates comme la ville de Troie exhumée par Schliemann. En 1987, la...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Acab

On regrettera Wikipédia, bientôt rendue caduque par l’IA. Du principe collaboratif de l’encyclopédie émergeait un désordre baroque où se mêlaient informations hétéroclites et points de vue contradictoires. Prenons Fred Vargas, numéro un des ventes ce printemps. Sa page la révèle spécialiste en archéozoologie ; précise que son pseudonyme vient du personnage incarné par Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus ; remarque qu’elle est extralucide (elle a annoncé la Covid-19 et la pénurie de masques treize ans avant) ; ingénieuse (elle a conçu avec sa sœur une cape de protection contre les...
Le Matricule des Anges n°274
Marc Biancarelli

un auteur

Marc Biancarelli

Chronique
Traduction

Ólöf Pétursdóttir

Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940. Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
  • La Fenêtre de la bibliothèque

    Domaine étranger Fenêtre sur trouble La révélation d’étranges phénomènes, par la romancière victorienne Margaret Oliphant. La tradition des romancières anglaises est florissante au XIXe siècle. Entre Jane Austen, les sœurs Brontë, Mary Shelley et George Eliot, l’on connaît cependant moins d’étonnantes dames victoriennes. Parmi elles, brille la prolifique écossaise Margaret Oliphant (1828-1897) qui, outre des récits réalistes et des essais, aimait broder les histoires de fantômes, mettre en scène des incidents démoniaques, non sans une visée moralisatrice où la...
  • À distance

    Poésie Décalage(s) Hocquard Dans À distance, Françoise Laroque fait le récit de sa relation à Emmanuel Hocquard, offre quatre lectures de ses livres, alors qu’au milieu, posthumes, les lettres du poète qu’elle reçut révèlent les écarts tenus entre vivre et écrire. Étrange livre que ce À distance, que la critique et traductrice Françoise Laroque signe avec le poète Emmanuel Hocquard (qui n’en savait à priori rien). Étrange par la forme revendiquée d’une combinaison entre différentes écritures réunies, différentes temporalités. À distance se compose de trois liasses d’écrits (si l’on excepte le lettre-adresse finale d’un certain David à F. Laroque et E. Hocquard) : le « récit » de F. L de sa relation...
  • Olympia Press. Une avant-garde pornographique

    Histoire littéraire Le ruban au cul d'Olympia Thibault Saillant retrace la singulière épopée de la maison d’édition de langue anglaise créée par Maurice Girodias en 1953. L’histoire de l’édition – pornographique ou non – est un ressort puissant de la libido du bibliomane. Parmi les mille et trois objets de sa concupiscence, certains petits livres verts ont une aura particulière, quasi mythique, que l’effeuillage précis et documenté de Thibault Saillant ne ternit pas, bien au contraire. Mythique, en effet, Olympia Press le reste à double titre. D’abord pour sa rareté : bien qu’édités à Paris, ses livres...
  • Sauvages

    Théâtre Branle-bas de combat Quand un projet industriel de grande ampleur divise la population. Une petite ville quelque part en Belgique. Petite ville sans histoires hormis celle d’un riche passé industriel. Comme tous les dimanches, Christian, le bourgmestre, parcourt le marché en serrant des mains : « Bonjour, bonjour, vous allez bien ? » Il est populaire : « Un gros bide, ça inspire confiance. Ça fait terroir. Force tranquille. Ça attire le vote. » Mais la petite ville se meurt, les finances ne sont pas brillantes et l’avenir plus...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

Une femme et un gnaf

Juliette Pary a sténographié un témoignage cardinal pour l’histoire littéraire et dévoilé quelques ficelles du polar. Si l’on prenait un exemplaire du Loup des steppes, d’Hermann Hesse (La Renaissance du livre, 1931), de L’Homme au complet marron, d’Agatha Christie (Librairie des Champs-Élysées, 1930, « Le Masque »), ou de La Guérison par l’esprit, de Stefan Zweig (Stock, 1932), on constaterait que ces livres ont été traduits par Juliette Pary. Et de noter que, avec quelques autres, ces traductions se vendent toujours, un siècle après leur publication initiale, et ça n’est pas le seul intérêt du travail de Juliette Pary… Elle se nommait en réalité Julia Gourfinkel. Elle était née en Ukraine, à Odessa,...
Le Matricule des Anges n°268