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Les mains dans la lutte
La chronique de Charles Robinson
Les articles
W****
Elle parle des fleurs à l’hôpital. Des blouses blanches et des attentions. Elle parle d’une aventure joyeuse et colorée. Elle parle de contrastes. Elle dit : « Je n’ai jamais eu autant de livres au pied de mon lit. Autant d’espace pour les lire. Il y en avait toujours un ou deux glissés sous les draps. Et quand une infirmière me demandait ce que j’en avais pensé, je cherchais, parce que celui-là m’avait échappé. Je ne m’en souvenais pas. »
D’ailleurs, elle ne se souvient plus tellement de ce qu’elle a lu. Et ce n’est pas important. L’important, c’est cette atmosphère douce d’ailes de...
Un auteur
B****
Il dit : « T’es là, tu comprends rien, tu sais pas quoi faire. On se fait rafaler. T’écoutes les potes, des mecs, sincèrement, si ils connaissent un truc à l’Islam, moi, je suis imam. Ils s’engueulent sur la représentation du prophète. Tes potes. Tu cherches : les journalistes, les machins, je sais pas : il y a quelqu’un qui peut juste dire un truc pour aider ? Les mecs ils parlent amalgame,...
S***
Elle est la huitième membre du gang. Elle a dû attendre pour être reçue. Elle n’avait pas l’âge requis par les autres. Elle n’avait que 64 ans. Elle dit : « Nous sommes un gang de vieilles garces. »
Cela pourrait claquer comme une menace, mais elle ne marche déjà plus sans canne ou sans prendre appui sur une table, un mur. Elle s’emmitoufle dans un vaste châle en polaire mauve malgré la...
Un auteur
Y****
Il a le sentiment aigu d’avoir toujours lu un livre un stylo à la main et prenant des notes. Penser le livre, décrypter le monde. Il est en partie autodidacte, formé le soir, après ses journées d’apprenti à bétonner les bornes et planter des piquets. Loin d’être solitaires, ces études appartenaient à un mouvement général d’éducation populaire, où être citoyen prenait la forme d’assemblées, de...
K****
Il est 05h45, c’est le moment le plus cool de la journée. La nuit cède la place à la fraîcheur rose de l’aube, les entrées ont été traitées, le fourmillement dans sa jambe gauche est redevenu une présence familière et plus un handicap. Les patients dorment sur les brancards, éparpillés entre les différents couloirs. Ceux qui ont encore les yeux ouverts savent qu’ils ont cette fois pleinement...

