RUBRIQUE L'Anachronique
Les articles
In the Pilat
Dans la demeure n’est accroché qu’un seul tableau, mais sans cesse changeant. La vaste fenêtre, percée dans un mur épais, donne sur deux monts voluptueux. Un hameau rose pâle, dans l’échancrure, figure une faveur au soutien-gorge. Devant s’étend un kilomètre de plateau où ondule le blé en herbe, un ventre en chlorophylle. Puis ce sont quelques arbres, des buissons, ceux-là à portée de main… Chambre avec vue sur la géante, depuis le pubis.
On ignore la tête qu’elle a, au-delà du Pilat. Des ciels également démesurés témoignent de son humeur, tantôt cotonneuse, ouatée jusqu’aux...
Viens voir les comédiens
Le producteur m’avait demandé, Vous avez déjà assisté à un tournage ? et je n’avais pas menti en répondant que oui (nous écumions les castings de figurations, mes soeurs et moi, de quatorze à dix-huit ans, du temps que nous habitions sur la presqu’île de Saint-Tropez). Je garde en mémoire -et en vidéothèque, zeugme- un film dans lequel la caméra s’attardait longuement sur mes parents...
Femme de ma vie est éditeur
Je ne suis pas oublieux au point d’ignorer que j’ai déjà consacré une chronique à ce sujet plein de zones d’opacité -du moins en ce qui me concerne- et si mes souvenirs restent intacts, il me semble l’avoir fait, mettons, à fleur d’eau, notant pour l’essentiel qu’il s’agissait de préférer le terme d’« éditeur » à celui d’« éditrice », en cela qu’il avait les couilles nécessaires au métier, et...
Avant le roman
Voici venue la période bénie d’avant le roman. Nous le savons à une sorte de langueur tenace qui s’est emparée de nous il y a quelques semaines, et nous amollit maintenant chaque jour davantage. Si nous détestons le mot « romantisme » -partageant en cela l’opinion de l’orfèvre lunaire Péter Estherhazy, lequel reprend lui-même la formulation de Wim Kayzer dans une lettre ouverte à Huizinga...
L’automne, les amants
"Il s’agit, s’agissait, qu’importe, il ne reste rien de tout ça qu’un instant frotté d’ocre jaune, à peine un geste, une callosité à l’index ; chez moi les souvenirs viennent pourrir volontiers, mais cohabitent encore une rampe, de la terre, des gravats aussi, débris auxquels gravier se joint pour convoquer quelques voix dans le soir qui hésite vers ces baigneuses lasses, les collines." Jean-Luc Sarré Affleurements.
Il aura fallu dix ans, à quelques semaines près, pour que, revenant à ma première impression -laquelle, selon Léautaud, est presque toujours la bonne- je me rende compte que j’avais délibérément décidé d’habiter au cœur du bush, dans l’East End. Non qu’il soit situé loin de Paris -cent kilomètres à portée de voiture- mais je ne doute pas que plus à l’est encore, on retrouve de cette France...
